Marcel Trudel (1917-2011)

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Il y a des dizaines d’auteurs méconnus au Québec. Certains méritent une attention particulière. Je pense à Marcel Trudel. Je lisais récemment quelques uns de ses ouvrages : Mythes et réalités dans l’histoire du Québec et Deux siècles d’esclavage au Québec.

Marcel Trudel aimait traiter de sujets délicats ou venir déboulonner certaines réalités. On pense connaître un thème, un personnage, mais pourtant, certains bémols doivent être signalés. Par son travail exemplaire et sa rigueur intellectuelle, Marcel Trudel a, tout au long de son parcours littéraire, mit un frein à certaines faussetés véhiculées au gré du temps.

Plusieurs thèmes ont d’ailleurs été abordés par l’auteur. En feuilletant certains de ces ouvrages, on peut apprendre par exemples que la réputation de l’intendant Jean Talon était surfaite, que le récit héroïque de Madeleine de Verchères était exagéré, qu’il y a eu réellement de l’esclavage au Québec au cours de notre histoire, que le régime militaire suivant la conquête avait été bénéfique et que devenir « sujet » britannique » ne consistait pas à une fatalité.

On doit crier haut et fort l’importance de l’histoire, celle qui traite de nos origines, celle qui trace notre identité. Marcel Trudel en était un amoureux et l’un de ses meilleurs vulgarisateurs. Il fut d’autre part membre de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

En 1960, il publie un essai majeur et controversé – qui a depuis été maintes fois réédité – sur l’esclavage au Canada français. A cette époque, plusieurs religieux et intellectuels n’ont pas accepté sa visions des choses, à savoir que des personnages jusque là sans tache et élevés au rang de héros, aient profité de l’esclavage. Ses travaux sur la question, soit Deux siècles d’esclavage au Canada et son Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada, donnent en quelque sorte un autre point de vue sur la société canadienne d’antan. Les diverses révélations de Trudel, autant en ce qui a trait à l’esclavage qu’aux divers personnages québécois, remettaient en question la place occupée par certaines de nos icônes historiques, constituées par une vision élitique et pédagogique, percevant en elles une manière de construire un fort élan de nationalisme et de patriotisme.

Cet historien de renom s’est ainsi démarqué par le caractère novateur de ses livres. Il a ouvert toute une série de nouvelles pistes de recherche en s’intéressant notamment au régime militaire en Nouvelle-France ou aux liens entre le Canada et les États-Unis, lors de la guerre d’indépendance américaine.

À partir d’une certaine époque, Marcel Trudel affichait déjà clairement son engagement en faveur de la laïcité et est même devenu le président du Mouvement laïc de langue française, en 1962. Ses prises de position déplaisent aux autorités universitaires, qui le forcent à quitter l’Université Laval, trois ans plus tard.

Les Québécois, par le biais de certains politiciens, historiens et intellectuels, ont longtemps voulu se créer une histoire bien vivante. Lord Durham n’avait-il pas écrit en 1839 : « ils sont un peuple sans histoire et sans littérature ». Quoi de mieux alors que de privilégier la construction de nouveaux héros, de récits fabuleux. Certains auteurs ont faussé – intentionnellement ou non, accompagné probablement d’une certaine ignorance –  quelques faits. Une image nationale doit se créer naturellement, sans un apport de superflu. Le Québec n’est pas la France, qui possède plus de deux milles ans d’existence et qui a vu défiler tant de rois, reines, cardinaux. On doit reconnaître et accepter que notre histoire québécoise est limitée dans le temps et donc plus modeste. C’est une normalité.

Malgré tout, le Québec n’a pas à rougir de son passé, rempli de hauts et de bas, comme toute nation. Pourquoi avoir voulu l’embellir? Évidemment, ces auteurs avaient leur raison. A une certaine époque, quelques faits manquaient probablement. En 2016, à l’ère d’Internet et des bibliothèques virtuelles, les informations sont accessibles comme jamais. Néanmoins, à l’apogée de la carrière de Trudel, ces ressources n’existaient pas : sa grande curiosité intellectuelle l’ayant toutefois guidée. On doit le remercier pour son apport extraordinaire à la cause québécoise.

Le Québec, a longtemps souffert de cette double ignorance, si bien définie et énoncée par Platon, dans l’Apologie de Socrate : « lui croit savoir quelque chose, alors qu’il ne sait rien, tandis que moi, si je n’ai aucun savoir, je ne crois pas non plus savoir ». Il est préférable d’avoir une histoire remplies de vérités, avec des personnages moins spectaculaires, plus effacés que de faire preuve de double ignorance.

Tout Québécois devrait s’inspirer de Trudel : sortir des sentiers battus, creuser son esprit, ne pas toujours croire ce qui est écrit ou dit, surtout dans nos manuels scolaires. Nos jeunes sont hélas endoctrinés par une pensée unique, celle vantant le socialisme, l’immigration massive et le multiculturalisme tueur d’identité. Si le Québec veut survivre en tant que nation démocratique francophone de souche catholique, le système scolaire doit au plus vite résoudre cette problématique en offrant à nos enfants le cadeau de la curiosité intellectuelle, et par ricochet, celui de la fierté nationale.

Trudel avait le soucis du détail. Enrichis de nombreuses statistiques et de longues énumérations, certains passages de ces livres pouvaient paraître lourds, mais rapidement, ses ouvrages sont devenus des repères, des encyclopédies.

Il aurait été intéressant de lire Trudel sur les accommodements religieux du présent siècle, lui qui prônait le caractère laïque de l’État. Gageons qu’il aurait appuyé le projet de Charte proposé par l’ancien gouvernement Marois. Gageons aussi qu’il aurait dénoncé le Québec et le Canada de 2016, celui de Couillard et Trudeau, pourvoyeurs de notre identité nationale.

 

 

 

 

Libéralisons l’industrie du taxi

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C’est le sujet de l’heure. Uber est partout, avec ses partisans et ses détracteurs. Que faire, que pensez? Difficile d’y répondre avec exactitude. L’industrie du taxi vit à son tour les aléas de la technologie. Personne ne pourra ralentir le processus. Les chauffeurs de taxi devront s’adapter et ajuster leur offre de service. Mais avant toute chose, la réponse passe par le gouvernement provincial. Comme il a également la main mise sur cet univers, notre gouvernemaman est le seul à pouvoir régler la situation. Uber est une application mobile contournant la réglementation actuelle, celle de détenir un permis d’exploitation valide. Ses conducteurs ne participent donc pas au régime étatique. Par son désir d’intervenir partout dans nos vies, le gouvernement est l’unique responsable du présent chaos.

L’actuelle injustice provient du prix parfois très élevé payé par les chauffeurs de taxi traditionnel versus la pleine liberté dictée par Uber. Au Québec, comme d’ailleurs dans plusieurs autres endroits au Canada, le gouvernement réglemente strictement la quantité de permis de taxi disponible. « Par exemple, l’île de Montréal peut avoir seulement 4522 permis. Notre-Dame-de-Pierreville, une petite municipalité de 2000 résidants située à environ 130 kilomètres de Montréal, n’en a que deux »[1]. Vous voulez acquérir un permis de taxi? Vous devez investir une petite fortune… sans même compter l’achat de la voiture. Pour obtenir ce permis, un nouveau venu doit procéder selon le principe de l’offre et de la demande. Comme à son habitude, le gouvernement a instauré un précepte complexe, abyssal, qui n’est maintenant plus au goût du jour. Mon but n’est pas d’expliquer expressément son fonctionnement, mais d’affirmer tout simplement que seule une libéralisation sauvera cette industrie en pleine métamorphose. Cet extrait d’une étude publiée le 21 novembre 2014 par lInstitut économique de Montréal est révélateur :

 « Il faut abolir ce permis de taxi qui freine le développement technologique de lindustrie. Selon les auteurs du rapport, ces permis représentent le plus grand obstacle à l’implantation de nouvelles technologies de covoiturage, tels qu’UberX, qui auraient de nombreux effets bénéfiques pour les chauffeurs et les clients. Les années 1970 sont terminées, mais la réglementation ne prend pas compte de possibles changements que les nouvelles technologies pouvaient amener, termine Vincent Geloso, coauteur du rapport. Le seul obstacle concret à l’adoption de ces nouvelles technologies est le système largement répandu des permis de taxi (permis d’exploitation). Il est impossible d’entrer dans l’industrie du taxi sans acquérir un tel permis ou en louer un d’une personne qui en est détentrice. Actuellement, à Montréal, le prix d’un permis est d’environ 200,000$. La concurrence accrue que suscitent les applications de covoiturage commercial fait diminuer la valeur de ces permis. Les chauffeurs de taxi qui comptent sur leur permis en tant qu’actif garantissant leurs vieux jours considéreront à juste titre toute détérioration dans leur valeur comme une menace à leurs perspectives de retraite.
Cette dynamique explique la résistance de l’industrie du taxi. Néanmoins, les avantages potentiels du covoiturage commercial sont si grands qu’il serait économiquement plus efficace pour tout le monde de résister à la tentation de bannir ou de trop réglementer ces nouveaux services et d’indemniser plutôt les chauffeurs de taxi d’une partie de leurs pertes. Par la suite, l’entrée sur le marché du transport urbain serait libre. Ceci améliorerait aussi la vie des plus jeunes chauffeurs de taxi qui, exemptés des lourds intérêts sur les prêts qu’ils auraient eu à contracter pour acquérir un permis, pourraient faire concurrence en réduisant leurs tarifs sans diminuer leur niveau de revenu. Les applications de covoiturage commercial sont susceptibles de révolutionner le secteur du transport personnel en milieu urbain et d’améliorer grandement la qualité de vie des citoyens. Une politique économique appropriée ne devrait pas empêcher leur adoption par les consommateurs tout en indemnisant ceux et celles qui subiront les conséquences d’une réglementation gouvernementale devenue désuète »[2].

Libéraliser le taxi ne sera pas une sinécure. Un marché libre, sans prix plancher, exclura toute inégalité législative. Pour ce faire, il sera d’abord nécessaire de racheter les présents permis d’exploitation des chauffeurs de taxi. Comme leur prix fluctue selon le marché, il est devient difficile d’y établir leurs valeurs combinées. Certaines sources parlent d’une somme allant de 750 millions à 1 milliard de dollar. Dans cette optique de rachat, le gouvernement devra trancher et rembourser chaque bénéficiaire selon une valeur établie : pourquoi ne pas utiliser une moyenne régionale? Par exemple, si la valeur moyenne des permis de taxi est établie à 175,000$ pour la capitale nationale, c’est à cette hauteur que le gouvernement rachètera individuellement les permis de cette région. On parlera évidemment d’une dépense importante pour le gouvernement. Importante mais vitale pour redonner vie à l’industrie. Puisque tout gouvernement doit être financièrement responsable, cette dépense devra se conclure par des coupures budgétaires proportionnelles : le Québec ne doit pas s’endetter. Le présent fouillis est le résultat d’un contrôle étatique. On peut le comparer aux garderies, aux différents quotas etc. Le gouvernement interventionniste québécois gâche les libertés les plus fondamentales et augmente le fardeau des contribuables.

Un libre marché ne doit pas signifier automatiquement un laisser-aller absolu. Inévitablement, certaines règles élémentaires devront venir complémenter l’industrie. Pour assurer à la population un minimum de sécurité et un service de qualité, que devons-nous faire? Des tonnes de règlements ne feront qu’alourdir et ruiner l’industrie. Des solutions pragmatiques, simples et éloignées des aléas bureaucratiques doivent resurgir. L’enfer administratif doit cesser.

Évidemment, un chauffeur de taxis pourra décider de son avenir : veut-il être à son compte ou employé d’une entreprise? La décision lui reviendra. Pour éviter l’évasion fiscale, chaque course devra être enregistrée par un reçu de service rendu. Le client qui fera son paiement devra aussitôt le recevoir du chauffeur. De son côté, à des fins de preuves fiscales, celui-ci sera tenu de le sauvegarder. En se libéralisant, le monde du taxi ne sera pas soustrait aux paiements d’impôts et de taxes. Tout revenu devient imposable, il va de soi. Pour être légal, tout chauffeur indépendant ou entreprise de taxi devra respecter certaines règles aisément applicables :

– Dans le but d’une surveillance et d’un contrôle fiscal traditionnel, l’employeur (une compagnie recrutant des conducteurs salariés) et le travailleur autonome seront contraints de s’inscrire au Registraire des entreprises du Québec. Les frais applicables varieront selon le nombre d’employés, le tout étant à renouveler à chaque année. Pour le travailleur autonome, sa tarification sera standard, d’après une grille préétablie.

– Une assurance responsabilité civile commerciale – couvrant les négligences non reliées à la conduite du véhicule, pensons à l’aide pour sortir les bagages – et une assurance automobile comportant un avenant « taxi ou transport de personnes à des fins lucratives » s’inscrirons parmi les obligations de toute entreprise ou travailleur autonome. Celles-ci pourront être souscrites chez n’importe lequel assureur qualifié. L’employé d’une entreprise de taxi sera de facto protégé par l’assurance responsabilité civile de son patron, mais s’il conduit son propre véhicule, cela nécessitera l’ajout de l’avenant prescrit en assurance automobile. Cependant, si le salarié utilise l’un des véhicules de la flotte automobile de son employeur, l’obligation ne tient plus. La souscription et la prime des différentes options seront à la guise des différents assureurs.

– La dernière obligation consistera à l’ajout sur le permis de conduire de tout chauffeurs de taxi de la mention « conducteur de taxi ou transport de personnes à titre onéreux », et ce, indépendamment de son statut de travail… salarié, autonome etc. Uber et les autres entreprises d’applications mobiles devront s’y soumettre. Un conducteur fautif pris sur le fait verra son permis révoqué et son véhicule saisi. Une amende salée accompagnera le tout. Pour tout chauffeur de taxi, la SAAQ oblige déjà cette forme de permis (4c), moyennant certaines exigences minimales, telles la réussite d’un test visuel et la présence d’un rapport médical conforme[3].

La possibilité du travail au noir a toujours existée. Elle continuera. Pour la freiner, un environnement fiscal non hostile doit prévaloir au Québec : des impôts trop élevés freinent l’entreprenariat et excite l’évasion fiscale. L’industrie du taxi n’y échappera pas. La libéralisation de ce domaine entraînera des critiques. On la trouvera trop accessible, trop risquée. La libéralisation amènera de la compétition. Les entreprises négligentes ou non ordonnées seront abandonnées. Il serait illusoire d’assister à la complète extinction de taxi illégaux, l’être humain aimant parfois défier la loi. Si des sanctions exemplaires frappaient les fautifs, la crainte de se faire prendre augmenterait.

Mentir à son assureur sur l’utilisation de son véhicule peut aussi devenir pour certains très attirant : une fausse déclaration suivant une perte implique d’importantes répercussions (annulation de la police ab initio[4], la difficulté à trouver un nouvel assureur etc.). Au Québec, pour conduire un véhicule – peut importe son usage –  il est obligatoire de posséder une assurance automobile disposant de la garantie « Chapitre A »[5]. Cacher à son assureur ses activités de taxi et voir son contrat annulé risque fortement de compromettre les chances d’un conducteur de trouver un nouvel assureur. Si une compagnie accepte de le souscrire, une prime salée et des conditions restrictives prévaleront. Perdre son permis de conduire pour une longue durée, voir son véhicule saisi, payer des frais de remorquage, être limité dans son magasinage d’assurance ou supporter de lourdes pénalités fiscales symbolisent des exemples classiques de cauchemars que pourraient subir ceux contrevenants aux obligations prescrites par une future libéralisation de l’industrie du taxi.

Libéralisons l’industrie du taxi. Laissons le marché fonctionner. Ne nous fions plus au gouvernement pour tout contrôler.

 

[1] D’après un texte du 2015/07/19, provenant du site : de http://www.lapresse.ca.
[2] Voir l’étude ici : http://www.iedm.org/files/lepoint0714_fr.pdf.
[3] Voir sur le site : http://www.saaq.gouv.qc.ca/permis/classes/classe_4C.php.
[4] Ab initio est une locution latine. Dans un cadre légal ou contractuel, ab initio fait référence à quelque chose étant partie du problème depuis le début ou depuis l’instant de l’acte. Lorsqu’un contrat est résilié ab initio, cela signifie qu’il est considéré comme nul depuis sa date de départ. Source : https://lussierdaleparizeau.ca/lexique/
[5] En effet la loi impose à tout propriétaire d’un véhicule circulant au Québec de détenir un contrat d’assurance responsabilité automobile. Cette assurance garantit le propriétaire du véhicule, ainsi que toute autre personne le conduisant, contre les conséquences monétaires pouvant leur incomber en raison des dommages causés à quelqu’un d’autre par le véhicule assuré. Le montant obligatoire minimum de l’assurance de responsabilité est de $50,000. Source : http://www.avocat.qc.ca/public/iiminigassur.htm

Il était une fois les Expos

 

Je me suis récemment penché sur deux excellents ouvrages sur l’histoire des Expos de Montréal : « Il était une fois les Expos, Tome 1 et 2 » de Jacques Doucet et Marc Robitaille. Ces tomes représentent un résumé de l’épopée de Nos amours, des débuts enthousiasmes en 1969, au déménagement de l’équipe à Washington, en 2004. A leurs lectures, on constate rapidement que nous avons affaires à davantage qu’un recueil de statistiques et d’énumérations de jeux de baseball. En plus des incontournables chiffres, on plonge littéralement dans la réalité quotidienne de l’équipe, de ses hauts et de ses bas, tout en mettant en parallèle certains évènements hors de contrôle du club, mais qui l’influenceront grandement. Pensons à l’obtention par la ville de Montréal des Jeux Olympiques de 1976, aux différents conflits de travail touchant le baseball majeur, à l’élection du premier gouvernement péquiste, à l’arrivée des Blue Jays de Toronto, à la flambée des salaires, à la chute du dollar canadien etc.

L’histoire de cette équipe n’est pas banale. Elle fut tout sauf tranquille : tant sur le terrain qu’à l’extérieur. La mort des Expos n’a pas une seule cause. Ces deux tomes entrent directement dans les coulisses de la concession, laissant parler les principaux protagonistes :  pensons aux Gerry Snyder, Claude Brochu, Jacques Ménard, Charles Bronfman, Claude Delorme, Buck Rodgers, Felipe Alou etc. Le soucis du détail rendu par les auteurs rend la lecture captivante, nous plongeant dans une montagne russe d’émotions, digne d’une narration romancière ou cinématographique. On ne se contente pas de faits déjà connus, on entre en profondeur dans l’épopée montréalaise. Pour tout amateur de sport et d’histoire, ce sont des références.

Avec le recul, tellement d’éléments ont pu causer la disparition de la concession. Les auteurs en énumèrent une bonne quantité, laissant toutefois le lecteur à ses propres conclusions. Tout est bonnement possible. On peut mettre la faute sur l’attribution des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal – le Maire Drapeau voulait que le Stade olympique soit dans l’est de la ville, stade qui n’aura d’ailleurs jamais été conçu pour le baseball – sur la vente de l’équipe par Bronfman en 1991 – à un consortium menant à une lutte prévisible entre les partenaires – à la défaite en série de championnat de 1981 (le circuit de Rick Monday) – une présence en Série mondiale aurait procuré du prestige et un aura de réussite à la concession – au marché québécois trop petit, pauvre et plus enclin au hockey, à la grève de 1994, aux diverses ventes de feu précipitant une morosité et une perte d’illusion claire chez le public… La liste est longue, tout peut être relié ou pris séparément. Une thèse de 1000 pages ne pourra jamais répondre correctement sur la ou les raisons du départ de la formation montréalaise.

J’ai ressenti un grand nombre de pincements au coeur en lisant ces livres : des courses aux championnat perdues, des échanges catastrophiques, des arrêts de travails dévastateurs (on pense à 1994, mais aussi aux incontestables gains remportés par l’Association des joueurs, au cours des deux décennies précédentes) et à plusieurs rendez-vous manqués. Par rendez-vous manqués, parlons plutôt de malchance, car en maintes occasions, pour nos Expos, le timing n’y était tout simplement pas. A la page 348 du tome 1, on y lisait avec justesse : « si le réalignement avait été adopté [meilleurs deuxièmes] pour la saison 1979, les Expos de Montréal auraient atteint les séries d’après-saison pas moins de six fois de 1979 à 1993 (1979,1980,1981, 1987 et 1993). Imaginons seulement ce que la participation du club à des matchs à forts enjeux aurait fait pour stimuler l’engouement des amateurs québécois de sport pour les Expos et le baseball ». Certains passages de l’épilogue résument assez bien la triste réalité de la formation :

 « Les Expos se sont joints aux majeures à l’époque où l’Association des joueurs a commencé à faire des gains significatifs. Peu après, les joueurs d’impact sont devenus hors de prix et l’équipe ne pouvait plus convaincre les stars établies d’évoluer à Montréal. Les Expos ont souvent été meilleurs deuxièmes à une époque où être meilleur deuxième n’ouvrait pas la porte aux séries de fin de saison. Les Expos ont eu la meilleure équipe de leur histoire dans une saison qui a été interrompue pour de bon au mois d’août, la première et dernière fois (pour l’instant, du moins) que cela se produirait dans toute l’histoire du baseball majeur. Au moment où ils ont eu le plus de besoin de l’appui d’un leader politique, les Expos sont tombés sur Lucien Bouchard, qui, comme on le sait, adore les orchestres symphoniques mais méprise souverainement les « jeux du peuple ». Jeux du peuple, qui, comme il l’a si bien expliqué dans une entrevue lors de l’inauguration de la Maison symphonique de Montréal, ne sont qu’une extension des jeux barbares du temps des Romains. Dans les années où la situation financière de l’équipe était la plus précaire, le dollar canadien valait 60 cents en regard du dollars US. Quelques années après leur départ de Montréal, le huard grimpait à parité avec le dollar US. Quand les Expos ont finalement trouvé un acheteur possédant des ressources financières, il ne s’est malheureusement pas révélé être Robert Wetenhall ou George Gillett. Quand ils auraient eu besoin d’un commissaire comme Bart Giamatti, ils ont eu Bud Selig ».

Le baseball est un sport lent, stratégique, sans cadran, tout le contraire du hockey, par exemple, qui est davantage un sport de réflexe. Je me souviens de ces moments à écouter les Expos à la radio, avec un Jacques Doucet en tête. En étudiant, en feuillant un roman, en travaillant sur l’ordinateur, lors d’un parcours en auto ou assis sur la galerie, un match de baseball faisait parti intégrante de mon quotidien. Une saison est longue, elle demande une assiduité et l’imprégnation d’une fibre partisane. Justement, être partisan d’une équipe de baseball, avoir la foi, devenait une routine estivale. Printemps rime avec camps d’entraînement, une page blanche, où tout parait possible, l’espoir de voir ses favoris en séries et remporter le gros trophée. On achète son magazine annuel pour être aux derniers diapasons des changements et pronostiques. La hâte de voir la neige et le froid disparaîtrent, afin de se lancer la balle entre amis, avec son père, d’aller frapper quelques lancers au terrain le plus proche. Je me rappelle de ces après-midis où j’allais rejoindre mon grand-père dans sa « petite chambre » pour aller écouter un match à la télé. Une victoire de Nos amours et le sourire ne partait plus et ce, même si la fiche de l’équipe était perdante. Une victoire est une victoire. Je repense à ses visites au « Big O » et attendre patiemment près de l’enclos des releveurs pour qu’un joueur autographe ma balle. Le jour où Vlad l’a signé… Né en 1980, je n’ai pas vécu l’époque du Parc Jarry, du Grand Orange, de l’émergence des Carter, Dawson, Raines. J’ai plutôt grandit avec Buck Rodgers, Andres Galarraga, la partie parfaite de Dennis Martinez, Spike Owen etc. Il y a eu les courses au championnat, les déceptions, les frustrations et surtout la fin de ma naïveté infantile, en assistant aux disputes entre propriétaires et joueurs, à la hausse effrénée des salaires, de la game qu’était devenue le baseball, un sport de millionnaires, sans attache, jouant pour l’argent et non plus pour l’honneur. Ce n’était pas que l’adage de baseball, le sport professionnel se transformait, dénotant un symptôme du pouvoir démesuré des syndicats de joueurs (il faut toutefois mentionner que pendant des décennies, tout sport confondu, les propriétaires régnaient en maîtres).

Quand vous êtes disparus, mes étés n’ont jamais été les mêmes. Quand le Canadien de Montréal connaissait une mauvaise saison – fréquent après leur coupe Stanley de 1993 – je pouvais me rabattre sur les Expos. Au Québec, depuis 2004, il n’y a que le Canadien. C’était aussi le cas avant la disparition des Expos, mais de façon plus nuancée, au gré des succès du club : une course aux séries et les guichets du Stade olympique retentissaient, les médias et la population entraient dans la danse, le talk of the town. J’ai toujours eu le CH encré en moi, je ne suis pas différent des autres Québécois, je suis même un irréductible partisan. Mais si on me demandait ma préférence entre une 25e Coupe Stanley au Canadien et une participation aux séries d’après-saison des Expos, je penchais toujours vers le baseball. Pourquoi? Premièrement, l’effet de rareté, n’ayant jamais vu les Expos en éliminatoires. De plus, en raison d’un plus petit nombre d’équipes y ayant accès, il demeure plus difficile pour une équipe du baseball majeur d’y participer.

J’ai aimé les Expos jusqu’à la fin, malgré les cafouillages de l’organisation et du baseball majeur lui-même. Cependant, une fois le départ confirmé, j’ai cessé d’écouter ce sport. Certains diront que je n’aimais qu’une équipe, pas vraiment le baseball. C’est faux. Malgré les déboires, les mauvaises fiches, les pitreries de tous et chacun (incluant de Loria et Samson), j’ai toujours applaudi et chéri le club, et suivi religieusement les activités des ligues majeures. J’ai probablement vécu les mêmes sentiments que les partisans des Nordiques de Québec, lors de leur déménagement à Denver : de la frustration et de l’indignation, ce qui a résulté en un abandon de l’écoute active de ce sport. Pourquoi encourager une ligue qui ne voulait plus de Montréal et qui n’était plus capable de contrôler l’inflation monstre des salaires? Une ligue qui n’a jamais écouté les plus petits marchés, qui a toujours reculé devant l’Association des joueurs (contrairement à la LNH) et n’ayant jamais vraiment cru à un plafond salarial? Sans équipe favorite, à quoi bon suivre le déroulement d’une ligue? Sans cette émotion, cette pulsion électrisante, ce sentiment de fierté qui traverse les veines d’un partisan, il plus difficile d’être un amateur intéressé. Un simple spectateur, sans plus, très volatile, au gré d’évènements particuliers. J’ai surfé sur la vague des Jays cette été, car il s’agissait d’un phénomène. Mais depuis, j’ignore totalement les manchettes et les diverses activités relatives au baseball majeur.

Si les Expos devaient revenir dans le giron, est-ce que je serai de nouveau un partisan de baseball? Possiblement. Mais soyons franc, le sport professionnel et spécialement le baseball, est malade. Cette business est devenue un monstre où il est de plus en plus difficile d’avoir un sentiment d’appartenance auprès des joueurs. Les salaires sont toujours à la hausse, les disputes contractuelles également. Les amateurs resteront à la merci  de conflits de travail et des pourparlers orageux entre multimillionnaires (joueurs versus propriétaires). En voulons-nous vraiment? Le sport professionnel est maintenant aseptisé, sans grande saveur. Aurais-je le même entrain que dans les années 90? Je lisais un article récemment à propos de certains partisans des Jets de Winnipeg, qui malgré le retour de leur équipe, avouaient ne pas ressentir les mêmes émotions et le même attachement qu’avant. « Le hockey est rendu ennuyant. Les premières années consistaient à un renouveau, un engouement normal, mais depuis, je n’ai pas la même fierté. On est loin de mon attachement des années 80 », lisais-je comme commentaire. Le même raisonnement peut-il s’appliquer au baseball (et par la bande, aux futurs Nordiques)? Cela reste à voir.

Parler du retour d’une équipe de baseball majeur à Montréal me parait hélas une utopie. Est-ce réalisable? Je le doute très fortement. Pour faire vivre une équipe professionnelle, tout est une question de gros sous. Si nous pensons que le prix d’une concession de la LNH est élevée (500 millions US pour l’expansion[1]), imaginez celui du baseball majeur. Seul un milliardaire peut rêver à un tel projet. Le hockey en termes de prestige nord-américain, de valeur marchande ou de revenus générés, est à des années lumières du baseball. Le baseball est un sport avant tout américain, et le hockey son équivalent canadien. Si avoir une équipe de hockey professionnel est dans la normalité des choses au Canada, le tout devient moins évident pour le baseball. Il faut être naïf pour croire que le Québec peut se payer un tel investissement. Notre province est pauvre, incrustée d’un fardeau fiscal étouffant, d’un pouvoir syndical démesuré. Est-ce qu’il existe un ici un groupe assez fort financièrement pour soutenir un tel projet? Il y a des milliardaires au Québec, mais ont-ils un intérêt pour le baseball? Et ce bassin de milliardaires québécois est ridiculement bas : il en n’avait que 9 au Québec, en date du 28 juillet 2015[2]. Et si tel est le cas, seront-ils heureux d’y engloutir une partie de leur fortune, sachant l’investissement risqué? Québec rêve au retours des Nordiques. D’accord, c’est un projet porteur. Ma grande crainte demeure l’alternative. Si après 10 ans, Quebecor décidait de vendre l’équipe, est-ce qu’un acheteur se pointerait à l’horizon ou si la même situation vécue par les Expos ressortirait, c’est-à-dire, un propriétaire « fondateur » ayant les poches pleines, vendant ensuite par défaut à un consortium, qui, on le sait, est difficilement administrable? Il y aurait donc Quebecor et…?

Au-delà de l’historique de Montréal comme ville de baseball – des Royaux en passant par les Expos – qu’est-ce la métropole québécoise a à offrir aux dirigeants de la MLB (Major league baseball)? Aucun stade digne de ce nom existe, ni de propriétaires. On peut applaudir les efforts et l’enthousiasme du maire Denis Coderre, mais il est trop tard. Ces efforts auraient dû être déployés par les politiciens de l’époque, au moment de l’agonie de la franchise. Un appui massif de Pierre Bourque, de son successeur Gérald Tremblay et des divers paliers de gouvernement auraient été la clé. Par ces élus, un vent favorable aurait soufflé, une impulsion renouvelée vis à vis la recherche de nouveaux capitaux. Si les maires de Montréal avaient fait preuve de dynamisme et de leadership, un résultat similaire aux Giants de San Francisco de 1976 aurait été possible. En effet, George Moscone passa sa première année en tant que maire à empêcher les Giants de San Francisco d’émigrer vers Toronto. Ce qui fût couronné de succès. La preuve que le politique peut agir, si la volonté est présente.

Lorsque le consortium mené par Claude Brochu pris le tête du club, la donne a changé. Fini le temps d’un propriétaire pouvant laisser passer les déficits et n’avoir qu’un seul but : la victoire. Le nouveau groupe allait amoindrir les dépenses, en liquidant ses meilleurs joueurs. Ainsi, l’objectif premier devenait économique, maintenir l’équipe à flot, sans d’énormes déficits. C’est à ce programme que devait travailler les politiciens et les différents personnages associés au club. Un nouvel acheteur n’arrivait pas les mains vides, il avait quelque chose sur quoi bâtir, une fondation en place. En 2016, une nouvelle franchise demandera de repartir à zéro et exigera des sommes colossales : base de clients, organisation, réseau de filiales, et surtout, les frais de déménagement ou d’expansion. Sans oublier le stade… Le train est dorénavant passé et il serait par conséquent très surprenant de revoir du baseball majeur à Montréal. Ceux mentionnant que le sport professionnel n’a aucune incidence sur la situation d’une région doivent sortir de leur négativisme. Excluant les revenus fiscaux générés entre autres par les impôts des joueurs et les taxes sur les billets vendus, une équipe professionnelle amène une visibilité sans précédent, une publicité gratuite dans tout les médias de l’Amérique. Présent dans les divers médias, le nom « Montréal » apparaissait dans les sommaires de matchs, dans les classements et dans les calendriers. Qui connaîtrait Green Bay sans ses Packers? Que pensez également de la possible revitalisation d’un quartier suite à la construction d’un nouveau stade? Baltimore, Cleveland, Washington et plusieurs autres villes ont réussi ce pari. La perte d’une franchise pour une ville entraîne inévitablement une mauvaise réputation, celle du déclin, d’un marché faible. Montréal l’a vécu et la vit encore. L’Expo 67 est loin derrière, Montréal n’est plus la ville in du passé.

Pour espérer, Montréal  – et le Québec – devra démontrer une assurance, une vigueur économique et un environnement d’affaire sain et libre de contraintes extrêmes, souvent gracieuseté d’un gouvernement obèse. Qui sera, dans la réalité écrasante du Québec, assez téméraire pour construire un stade de baseball, sachant ce prix exorbitant? Et malgré la construction d’un stade, le baseball majeur reviendrait-il? On ne peut que spéculer. Est-ce nous devrions utiliser des fonds publics pour payer une telle facture? N’a-t-on pas construit le Centre Vidéotron avec l’argent des contribuables québécois? Il serait saugrenu de mettre en parallèle les deux. Un stade de baseball ne se compare pas à un amphithéâtre multifonctionnel.

Mais une réflexion s’impose. Étant de couleur conservatrice (ou de droite économique), le principe veut que le gouvernement  intervienne le moins possible dans nos vies. D’un autre côté, l’un des rôles du gouvernement est de fournir aux citoyens des bâtiments publics qui répondront à leurs besoins. Les exemples sont nombreux : bibliothèques, centres communautaires, routes, ponts etc. Le nouveau Centre Vidéotron devait s’inscrire dans cette catégorie. Cet immeuble n’est pas catalogué à des fins de hockey seulement : on y présente aussi des spectacles, des évènements pour toute la famille et le tournoi pee-wee. On pourrait même y trouver un jour des congrès, des expositions, des rassemblements politiques ou populaires. La grande région de Québec avait besoin d’un tel édifice. En aucun temps les gouvernements devraient subventionner une entreprise en difficulté (pensons à la MIL Davie ou à Bombardier), aider une industrie en déroute (exemples : l’automobile et le bois), ou s’ingérer dans les lois du libre marché. Pourquoi aider une industrie plus qu’une autre? Pourquoi aider Bombardier et non pas le commerce aux détails au coin de la rue? Aider tous et chacun serait de la folie, et en privilégier certains démontre du favoritisme et un jeu politique dangereux. Si l’on veut vraiment aider les entreprises éprouvant des problèmes, le rôle efficace d’un gouvernement débute par la création d’un environnement fiscal adéquat, compétitif, sans lourdeur administrative. Un « paradis fiscal » en d’autres termes. Une infrastructure comme le Centre Vidéotron ne devenait pas une subvention, mais un actif, un élément important du patrimoine d’une ville, un investissement nécessaire, non risqué et durable. C’était aussi, pour la ville de Québec et son maire, une question de choix et de priorité. Malgré mon amour passé pour le baseball et mon réel désir de revivre cette euphorie estivale, un stade expressément conçu pour ce sport n’est pas, à mon avis, une infrastructure apte à s’inscrire dans la même catégorie qu’un centre multidisciplinaire : il ne servirait qu’exclusivement à une équipe professionnelle, à quelques exceptions près (voir ici un spectacle de musique de grande envergure). N’oublions pas que contrairement à un aréna, un stade ne sera en opération que l’été, car l’hiver québécois n’est jamais loin.

On fait toutefois fausse route si pour s’opposer à un déblocage de fonds publics, le principal argument consiste en la fameuse casette du « on doit investir cet argent en santé et dans les écoles ». Dans son refus de s’impliquer dans la construction d’un nouveau stade, ce discours avait été maintes fois prononcé par le gouvernement Bouchard. Le problème en santé et en éducation n’est pas les sommes y étant consacrées, mais bien comment elles sont administrées!

Attrayante, Montréal devra ainsi le redevenir. Un stade demandera un investissement massif de la part du privé, ce qui implique la présence d’un maire et de dirigeants politiques sympathiques à cette cause, ouverts d’esprit et surtout « facilitateurs » , démarcheurs et porte-paroles. Les dédales administratifs devront être éliminés afin d’accélérer le processus. L’air ambiant d’une ville, son aura, et sa vibe attirent les investisseurs. Si Montréal a déjà réussit à obtenir une concession du baseball majeur, on le devait aux répercussions de l’Expo 67. Montréal était une ville en plein essor, mondialement reconnue. La MLB était par le fait même très attirée par ce nouveau marché. Montréal peut-elle rebondir?

 

[1] Tel que mentionné par Gary Bettman : http://www.lapresse.ca/sports/hockey/201504/24/01-4864252-une-equipe-dexpansion-couterait-500-millions-selon-bettman.php

[2] Voir ce texte : http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201507/28/01-4888575-neuf-milliardaires-au-palmares-de-quebec-inc-en-bourse.php

Un autre remaniement

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Le nouveau cabinet Couillard, 28 janvier 2016

On a été témoin d’un autre remaniement ministériel jeudi dernier. En effet, à mi-mandat, le premier ministre du Québec Philippe Couillard a brassé ses cartes, dans un exercice purement esthétique. Avant tout politique, ces changements démontrent encore une fois l’inutilité apparente du rôle de ministre. Interchangeable aisément, il est soumis au pouvoir parfois trop important de la fonction publique. Cette lourde bureaucratie, dirigée par les hauts fonctionnaires, sous-ministres et autres apparatchiks, contrôlent presque tout. Outre les forts en gueules et ceux profitant d’une rare stabilité à leur poste, les ministres ne sont règle générale que des coupeurs de rubans, des lecteurs de dépêches, des spécialistes en relation publiques. Paradoxalement, ces mêmes ministres, en raison de la notion électorale qui en font des « élus du peuple », donc redevables, devront assumer l’entière responsabilité d’une situation problématique. Jamais les hauts fonctionnaires ne seront blâmés!

Le jeu de la chaise musicale, spécialement celui en éducation, empêche tout ministre de prendre un certain leadership. Outre les Gaétan Barrette (santé) et quelques autres cas rares, les 25 dernières années nous auront démontré des ministres faibles, sans grande influence, se déguisant en de véritables « cassettes » partisanes. Il est toujours amusant de constater des élus sans aucune connaissance d’un domaine, y être nommé ministre. Un dentiste nommé à l’agriculture? Aucun problème, au nom de la parité homme-femme ou de toutes autres jongleries politiques, tout devient possible. Le temps d’arriver en place, d’apprendre les dossiers et de comprendre la réalité quotidienne de son ministère, la porte tournante revient au galop. Out! Au suivant!

Dommage, car à l’ère des clips médiatiques ou des réseaux sociaux, la patience n’est plus de mise : l’image règne en maître. Un ministre commet une erreur? On le balaie. Qui risquera de prendre position, de dire la vérité à la population sur un enjeu important, se sachant scruté et dépendant de l’humeur politique du premier ministre? En 2016, un ministre n’est qu’un porte-parole, tout au plus. Il lit des communiqués, préparés par des fonctionnaires, inaugure une route ou un immeuble, dont il n’avait jamais entendu parlé auparavant. Le day to day du ministère lui échappe, il ne fait que rapporter la bonne nouvelle… souvent au détriment du portefeuille du contribuable.

Le pouvoir au Québec (et au Canada) demeure entre les mains de quelques privilégiés, pour la plupart non élus. Le premier ministre reste le grand manitou de la province, il est celui par qui toute nomination passe. Les bureaucrates en mènent large, certes, mais ne minimisons pas l’énorme influence de la garde rapprochée du premier ministre. Ils ont la confiance du chef de l’État et restent plus puissants que n’importe quel ministre. Ces conseillers politiques, peu connus du public, sont parmi les rares personnes pouvant intervenir auprès du premier ministre.

D’autres non élus représentent aussi une force non négligeable : les juges. En ces temps modernes, les politiciens, menés par le politically correct, n’osent plus prendre de décisions, laissant ainsi le champs libre aux divers tribunaux, qui agissent à leurs places. Un pays gouverné par des juges, tous dictés par le dogme du multiculturalisme et du laisser-faire, nous en sommes rendu là!

Si vous aimez les cocktails, les soirées mondaines, les promenades en limousine, le prestige (à défaut d’avoir vraiment un réel pouvoir), le poste de ministre est pour vous. Plusieurs nouveaux ministres crient leur joie et débordent d’enthousiasme, pensant être LA personne qui changera le monde. Une fois la lune de miel terminée, constatant son impuissance, la naïveté du départ deviendra un ennui adouci par un salaire intéressant.

On se reparle lors du prochain remaniement.

 

Jean-Paul L’Allier 1938-2016

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Lors du décès d’une personnalité publique, les éloges fusent. C’est normal, car le respect est de mise, surtout vis à vis la famille et les amis endeuillés. Toutefois, on doit aussi garder un sens critique. Suite au décès de M. L’Allier, ce sens critique m’amène à faire le bilan de son règne à la mairie de Québec. Pour bien analyser un évènement ou un personnage, un recul est requis. Parfois, dans le feu de l’action, l’émotion prend toute la place et on ne peut juger correctement ;  d’où l’importance de laisser le temps faire son oeuvre, afin le moment voulu, de mieux saisir l’héritage laissé.

On peut résumer l’ère L’Allier à quelques points majeurs. Il est paradoxale de constater que son geste le plus important était à l’époque celui que je critiquais le plus : les fusions municipales. Quand je parlais de recul… Au tournant des années 2000, ce sujet fût très controversé. Les fusions ont été alors forcées par le gouvernement du Parti québécois, sans regard démocratique. Celles-ci étaient souhaitées par plusieurs, mais c’est sous M. L’Allier que l’idée a grandit : il l’a poussée et vendue au gouvernement provincial, qui seul avait le pouvoir d’agir. Le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard a ainsi tout gobé et a décidé d’appliquer sauvagement cette proposition. Le problème était donc là : les citoyens n’avaient aucun droit de regard sur leur avenir municipal. Fait très grave, venant d’un parti et d’un maire souvent étiquetés  comme étant de « grands démocrates ». Si on exclu ce malheureux manque démocratique et la fausse promesse du « coût nul » pour les citoyens, les fusions étaient effectivement nécessaire. Pendant que les villes ayant refusé les défusions proposées subséquemment par le gouvernement Charest progressaient – pensons à Québec, oui, mais aussi à Lévis et Saguenay – celles les ayant acceptées ont stagnées ou même dégringolées : le meilleur exemple restera Montréal. Québec parlait enfin d’une seule voix, pavant ainsi la route à de plus gros projets, à voir grand, à rêver. Fini les chicanes entre les divers maires! Terminé les compromis pour aboutir à rien! Pendant que Québec continue de se développer, Montréal s’encrasse dans les dédales administratifs, dans les guerres d’arrondissements, dans les labyrinthes de médiocrité. Sans le courage et l’esprit tordu de M. L’Allier, Québec resterait en 2016 morcelé et sans possibilité d’envergure. Régis Labeaume n’aurait jamais eu les coudées franches pour construire le Centre Vidéotron!

L’autre point positif que j’accorde à son règne est l’embellissement de la ville. On parle avec raison du quartier St-Roch, mais l’ensemble de la ville a aussi eu son lot de cures de rajeunissement. Québec est le berceau de l’Amérique, une capitale provinciale, elle mérite d’être belle. Sans le leadership d’un maire, une ville peut s’enlaidir ou évoluer pêle-mêle, sans plan. L’urbanisme est un legs majeur du maire : il se voit, il est tangible. En considérant l’amélioration visuelle qu’il aurait apporté, son grand projet d’escaliers entre la basse et la haute ville avait un certain bon sens. Une ville comme Québec – qui n’est pas exactement une mégapole comme New York – doit savoir se démarquer. Nos attraits touristiques et notre beauté représentent notre carte de visite : l’escalier en était un exemple probant. Il aurait fallu mieux le vendre au public et aux médias, tout en étant plus réaliste sur le plan financier.

Ce que je reproche maintenant le plus au maire l’Allier est l’esprit morose qu’il a engendré. Le départ des Nordiques, la défaite olympique et l’opération Scorpion (prostituées mineures) ont joués pour beaucoup. Ces évènements ne relevaient pas nécessairement du maire ou n’étaient pas sous la juridiction de la ville, mais un esprit défaitiste tournait alors sur la vieille capitale. Il en était le maire, il en avait la responsabilité. Certes, une certaine élite aimait cette ville dortoir, spécialisée en fêtes hautaines et en musique classique, mais la grande majorité de la population déprimait, broyait du noir. Et cela est sans parler des gens, qui en ayant marre, déménageaient. Triste constat.

J’ai également toujours trouvé immoral qu’un maire n’habite pas la ville qu’il administre. Jean-Paul L’Allier habitait l’Ile d’Orléans, on le sait tous. J’ai toujours eu un grand malaise à cet égard. Est-ce que les montréalais accepteraient que leur maire habite Longueuil ou Laval? J’espère que non!

L’esprit d’une ville demeure un point central. Les citoyens sont-ils heureux d’y vivre? Sous l’Allier, la population n’était pas malheureuse, elle était tout simplement endormie. C’est une grande nuance.

Sous Jean-Paul L’Allier, on peut tout de même admettre que les bons coups surpassaient les mauvais. Lorsqu’il était en poste, je « détestais » beaucoup Jean-Paul L’Allier. Je considérais son règne comme une nuisance, une médiocrité sans borne. J’avais hâte qu’il cède sa place. Avec le temps, on peut ainsi voir les choses sous un autre angle, n’est-ce pas?

James Bond : Spectre

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Je déteste aller au cinéma lorsque la salle est bondée. J’aime avoir de l’espace. Ca peut paraître égocentrique, mais c’est la vie! Profitant de l’accalmie d’un 24 décembre – et surtout du fait que le film est sorti depuis la fin octobre et que la majorité des clients du cinéma venait voir le nouveau Star Wars – j’ai enfin visionné la nouvelle aventure de 007, Spectre.

Ayant lu l’oeuvre d’Ian Fleming et vu tout les précédents films, je peux me considérer comme un grand fan. Trop, peut-être, car j’ai toujours le réflexe de critiquer, de comparer, d’analyser et de revenir dans le passé. Je jouis tout de même du moment lors de l’écoute du film!

Tout d’abord, ce nouvel opus de l’agent secret cadre parfaitement avec l’univers de son prédécesseur, Skyfall. Sam Mandes, le réalisateur des deux films, démontre son ingéniosité et son talent. La qualité des films de l’ère Daniel Craig n’est plus un secret. On est loin de celle de Pierce Brosnan, où souvent ridicule rimait avec exagération. Malgré un Bond physiquement ressemblant à celui des romans de Fleming, l’époque Brosnan regorgeait de clichés, de scénarios ternes et prévisibles : des réalisations à la Hollywood, voir ici des films d’action ordinaires, comme les autres. La série était devenue une caricature d’elle-même. L’essence des romans était complètement évaporée, la qualité cinématographique un lointain souvenir.

Les films de l’ère Craig ramène le Bond des livres et redonne envie de plonger dans cet univers. Les responsables de la série ont décidés, avec un certain risque, de replonger Bond à « ses débuts ». La mode des années 2000 pour plusieurs héros fut justement ces retours en arrière. On l’a vu avec la récente trilogie de Batman, notamment. Évidemment, la relecture des aventures de Bond a amené une lutte entre le moderne (gadgets, actualité etc.) et les années 60, le point de départ de la série. Axer les aventures du Bond de 2006, le premier de Daniel Craig dans Casino Royale, avec les éléments des années 60 était envisageable et possible, car les films conçus avec une reconstitution historique sont incontestablement nombreux. Les dirigeants ont néanmoins préférés voir leur héro interagir dans le monde actuel. C’est très acceptable! Étant un puriste de James Bond, il m’est encore un peu difficile de l’accepter.

Spectre nous ramène l’ennemi juré de Bond, Ernst Stavro Blofeld. La première véritable rencontre entre les deux est racontée de façon outrageusement différente si l’on compare Spectre et le film de 1967 On ne vit que deux fois, avec Sean Connery. Tout diverge : le pays, les circonstances, les acolytes, la situation du MI6 etc. Mais est-ce si important? Les circonstances du début de la rivalité entre Batman et le Joker ont si souvent différées qu’il est maintenant difficile de les compter. C’est la même chose entre Superman et Lex Luthor. Pourquoi ne pourrait-on pas agir ainsi à l’égard de Bond et Blofeld? Et n’oublions pas que le premier choc au cinéma entre Bond et Blofeld ne représente aucunement celui des romans de Fleming. Aucune connexion n’existait entre l’histoire écrite de On ne vit que deux fois et celle du film. Le grand écran prend souvent de larges libertés versus l’oeuvre originale.

Rien n’est parfait et satisfaire les plus difficiles comme moi parait une utopie. Honnêtement, une seule question devrait surgir : est-ce le film est bon? Point. Malgré les aléas du scénario vis à vis le passé, Spectre mérite les éloges. Il y a certes, comme dans tous James Bond, de l’action musclé et quelques scènes amoureuses « rose bonbon », mais la réussite de Spectre consiste en son histoire et surtout l’aspect psychologique, fait rare pour ce type de film. La scène où Bond est cloué à une chaise pendant que Blofeld lui raconte le passé entrera dans les annales de la série. C’est ce que nous voulons de Bond : voir un homme torturé, souffrir, réfléchir. La continuité de l’histoire, à travers l’ère Craig, est aussi remarquée. On revient en quelque sorte à ce que voulait Ian Fleming. La réalisation, la musique, le jeu des acteurs et l’intrigue nous font oublier que le film dure plus de 2h30. Même si inconsciemment, j’espérais entendre une allusion au Dr No ou à Emilio Largo, ce film est excellent. Un bon divertissement, un bon moment!

Je pourrais aussi longuement parler de l’excellent acteur Christopher Waltz, celui qui incarne le parfait vilain, que ça soit dans Spectre ou Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Une autre fois peut-être…

Bon cinéma!

 

 

 

 

 

Le retour des Nordiques de Québec?

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Le Centre Vidéotron est en opération depuis septembre 2015. La population de Québec attend ses Nordiques. C’est un peu normal, le départ de son équipe fétiche laisse encore un grand vide.

Loin de moi de vouloir jouer le rabat-joie, le bougon ou le nostalgique de la « bonne époque ». Je suis peut-être trop analytique ou réaliste. Alors que Québec veut se doter d’une équipe de la LNH, le hockey est depuis quelques années, très terne.

Je suis un amateur de hockey depuis toujours. Cela a même frôlé la folie. Notre regard peut changer de perspective, ou la vie évolue tout simplement.

Le sport professionnel, spécialement le hockey, maintenant pratiqué par des robots surentraînés, devient aseptisé, sans émotion. On veut éviter la controverse, de trop parler ou d’exciter l’adversaire. La vitesse et l’excellente exécution sur la glace ne sont pas le problème, ni même l’image positive projetée par les joueurs. Le problème est ailleurs : le partisan moyen, celui qui paie les billets et les produits dérivés, qui jadis était un vrai passionné, ne semble plus aussi enthousiaste. L’absence évidente de ferveur dans les gradins est accompagné d’un jeu passé à un niveau trop technique, dicté par des stratégies de plus en plus sophistiquées. Les parties passent à un rythme effréné, les équipes se ressemblent tous un peu – merci la parité – et les rivalités, autrefois fécondes et passionnantes, ne sont plus l’ombre d’elles-mêmes.

Une presse majoritairement « puritaine », ne souhaitant plus de bagarres, ni de jeux virils, a réussi, au gré du temps, à passer son message. Elle pense, à tort, que simplement le beau jeu définie le sport. Elle se trompe. Le «politicly correct », tant à la mode dans le monde politique est maintenant la norme dans le sport. Un mot de trop dans les médias et un joueur sera sermonné. Une intensité normale sur la patinoire sera désormais pénalisée. Les amphithéâtres modernes, conçus sous la même mouture, renversent les traditions et les sentiments d’appartenances. L’ambiance électrisante des anciens domiciles n’est qu’un lointain souvenir.

L’exubérant Michel Therrien de 2000 a disparu, il a été remplacé en 2015 par un clone de Bob Gainey : discours gentil, visage sans réaction, attentif aux relations publiques et non à ses émotions. Ce sont les émotions qui font vendre le sport, nous devons le crier haut et fort. Le contrôle de l’image par la LNH et les diverses organisations est maintenant répandu. Les idoles sont éphémères, tous ayant la même personnalité, la même étiquette. Si un fervent de hockey comme moi le délaisse progressivement, que restera-t-il? Des amateurs occasionnels, sans fidélité.

Québec, êtes-vous toujours si fébrile à l’idée d’avoir une équipe?