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Marcel Trudel (1917-2011)

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Il y a des dizaines d’auteurs méconnus au Québec. Certains méritent une attention particulière. Je pense à Marcel Trudel. Je lisais récemment quelques uns de ses ouvrages : Mythes et réalités dans l’histoire du Québec et Deux siècles d’esclavage au Québec.

Marcel Trudel aimait traiter de sujets délicats ou venir déboulonner certaines réalités. On pense connaître un thème, un personnage, mais pourtant, certains bémols doivent être signalés. Par son travail exemplaire et sa rigueur intellectuelle, Marcel Trudel a, tout au long de son parcours littéraire, mit un frein à certaines faussetés véhiculées au gré du temps.

Plusieurs thèmes ont d’ailleurs été abordés par l’auteur. En feuilletant certains de ces ouvrages, on peut apprendre par exemples que la réputation de l’intendant Jean Talon était surfaite, que le récit héroïque de Madeleine de Verchères était exagéré, qu’il y a eu réellement de l’esclavage au Québec au cours de notre histoire, que le régime militaire suivant la conquête avait été bénéfique et que devenir « sujet » britannique » ne consistait pas à une fatalité.

On doit crier haut et fort l’importance de l’histoire, celle qui traite de nos origines, celle qui trace notre identité. Marcel Trudel en était un amoureux et l’un de ses meilleurs vulgarisateurs. Il fut d’autre part membre de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

En 1960, il publie un essai majeur et controversé – qui a depuis été maintes fois réédité – sur l’esclavage au Canada français. A cette époque, plusieurs religieux et intellectuels n’ont pas accepté sa visions des choses, à savoir que des personnages jusque là sans tache et élevés au rang de héros, aient profité de l’esclavage. Ses travaux sur la question, soit Deux siècles d’esclavage au Canada et son Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada, donnent en quelque sorte un autre point de vue sur la société canadienne d’antan. Les diverses révélations de Trudel, autant en ce qui a trait à l’esclavage qu’aux divers personnages québécois, remettaient en question la place occupée par certaines de nos icônes historiques, constituées par une vision élitique et pédagogique, percevant en elles une manière de construire un fort élan de nationalisme et de patriotisme.

Cet historien de renom s’est ainsi démarqué par le caractère novateur de ses livres. Il a ouvert toute une série de nouvelles pistes de recherche en s’intéressant notamment au régime militaire en Nouvelle-France ou aux liens entre le Canada et les États-Unis, lors de la guerre d’indépendance américaine.

À partir d’une certaine époque, Marcel Trudel affichait déjà clairement son engagement en faveur de la laïcité et est même devenu le président du Mouvement laïc de langue française, en 1962. Ses prises de position déplaisent aux autorités universitaires, qui le forcent à quitter l’Université Laval, trois ans plus tard.

Les Québécois, par le biais de certains politiciens, historiens et intellectuels, ont longtemps voulu se créer une histoire bien vivante. Lord Durham n’avait-il pas écrit en 1839 : « ils sont un peuple sans histoire et sans littérature ». Quoi de mieux alors que de privilégier la construction de nouveaux héros, de récits fabuleux. Certains auteurs ont faussé – intentionnellement ou non, accompagné probablement d’une certaine ignorance –  quelques faits. Une image nationale doit se créer naturellement, sans un apport de superflu. Le Québec n’est pas la France, qui possède plus de deux milles ans d’existence et qui a vu défiler tant de rois, reines, cardinaux. On doit reconnaître et accepter que notre histoire québécoise est limitée dans le temps et donc plus modeste. C’est une normalité.

Malgré tout, le Québec n’a pas à rougir de son passé, rempli de hauts et de bas, comme toute nation. Pourquoi avoir voulu l’embellir? Évidemment, ces auteurs avaient leur raison. A une certaine époque, quelques faits manquaient probablement. En 2016, à l’ère d’Internet et des bibliothèques virtuelles, les informations sont accessibles comme jamais. Néanmoins, à l’apogée de la carrière de Trudel, ces ressources n’existaient pas : sa grande curiosité intellectuelle l’ayant toutefois guidée. On doit le remercier pour son apport extraordinaire à la cause québécoise.

Le Québec, a longtemps souffert de cette double ignorance, si bien définie et énoncée par Platon, dans l’Apologie de Socrate : « lui croit savoir quelque chose, alors qu’il ne sait rien, tandis que moi, si je n’ai aucun savoir, je ne crois pas non plus savoir ». Il est préférable d’avoir une histoire remplies de vérités, avec des personnages moins spectaculaires, plus effacés que de faire preuve de double ignorance.

Tout Québécois devrait s’inspirer de Trudel : sortir des sentiers battus, creuser son esprit, ne pas toujours croire ce qui est écrit ou dit, surtout dans nos manuels scolaires. Nos jeunes sont hélas endoctrinés par une pensée unique, celle vantant le socialisme, l’immigration massive et le multiculturalisme tueur d’identité. Si le Québec veut survivre en tant que nation démocratique francophone de souche catholique, le système scolaire doit au plus vite résoudre cette problématique en offrant à nos enfants le cadeau de la curiosité intellectuelle, et par ricochet, celui de la fierté nationale.

Trudel avait le soucis du détail. Enrichis de nombreuses statistiques et de longues énumérations, certains passages de ces livres pouvaient paraître lourds, mais rapidement, ses ouvrages sont devenus des repères, des encyclopédies.

Il aurait été intéressant de lire Trudel sur les accommodements religieux du présent siècle, lui qui prônait le caractère laïque de l’État. Gageons qu’il aurait appuyé le projet de Charte proposé par l’ancien gouvernement Marois. Gageons aussi qu’il aurait dénoncé le Québec et le Canada de 2016, celui de Couillard et Trudeau, pourvoyeurs de notre identité nationale.

 

 

 

 

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Il était une fois les Expos

 

Je me suis récemment penché sur deux excellents ouvrages sur l’histoire des Expos de Montréal : « Il était une fois les Expos, Tome 1 et 2 » de Jacques Doucet et Marc Robitaille. Ces tomes représentent un résumé de l’épopée de Nos amours, des débuts enthousiasmes en 1969, au déménagement de l’équipe à Washington, en 2004. A leurs lectures, on constate rapidement que nous avons affaires à davantage qu’un recueil de statistiques et d’énumérations de jeux de baseball. En plus des incontournables chiffres, on plonge littéralement dans la réalité quotidienne de l’équipe, de ses hauts et de ses bas, tout en mettant en parallèle certains évènements hors de contrôle du club, mais qui l’influenceront grandement. Pensons à l’obtention par la ville de Montréal des Jeux Olympiques de 1976, aux différents conflits de travail touchant le baseball majeur, à l’élection du premier gouvernement péquiste, à l’arrivée des Blue Jays de Toronto, à la flambée des salaires, à la chute du dollar canadien etc.

L’histoire de cette équipe n’est pas banale. Elle fut tout sauf tranquille : tant sur le terrain qu’à l’extérieur. La mort des Expos n’a pas une seule cause. Ces deux tomes entrent directement dans les coulisses de la concession, laissant parler les principaux protagonistes :  pensons aux Gerry Snyder, Claude Brochu, Jacques Ménard, Charles Bronfman, Claude Delorme, Buck Rodgers, Felipe Alou etc. Le soucis du détail rendu par les auteurs rend la lecture captivante, nous plongeant dans une montagne russe d’émotions, digne d’une narration romancière ou cinématographique. On ne se contente pas de faits déjà connus, on entre en profondeur dans l’épopée montréalaise. Pour tout amateur de sport et d’histoire, ce sont des références.

Avec le recul, tellement d’éléments ont pu causer la disparition de la concession. Les auteurs en énumèrent une bonne quantité, laissant toutefois le lecteur à ses propres conclusions. Tout est bonnement possible. On peut mettre la faute sur l’attribution des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal – le Maire Drapeau voulait que le Stade olympique soit dans l’est de la ville, stade qui n’aura d’ailleurs jamais été conçu pour le baseball – sur la vente de l’équipe par Bronfman en 1991 – à un consortium menant à une lutte prévisible entre les partenaires – à la défaite en série de championnat de 1981 (le circuit de Rick Monday) – une présence en Série mondiale aurait procuré du prestige et un aura de réussite à la concession – au marché québécois trop petit, pauvre et plus enclin au hockey, à la grève de 1994, aux diverses ventes de feu précipitant une morosité et une perte d’illusion claire chez le public… La liste est longue, tout peut être relié ou pris séparément. Une thèse de 1000 pages ne pourra jamais répondre correctement sur la ou les raisons du départ de la formation montréalaise.

J’ai ressenti un grand nombre de pincements au coeur en lisant ces livres : des courses aux championnat perdues, des échanges catastrophiques, des arrêts de travails dévastateurs (on pense à 1994, mais aussi aux incontestables gains remportés par l’Association des joueurs, au cours des deux décennies précédentes) et à plusieurs rendez-vous manqués. Par rendez-vous manqués, parlons plutôt de malchance, car en maintes occasions, pour nos Expos, le timing n’y était tout simplement pas. A la page 348 du tome 1, on y lisait avec justesse : « si le réalignement avait été adopté [meilleurs deuxièmes] pour la saison 1979, les Expos de Montréal auraient atteint les séries d’après-saison pas moins de six fois de 1979 à 1993 (1979,1980,1981, 1987 et 1993). Imaginons seulement ce que la participation du club à des matchs à forts enjeux aurait fait pour stimuler l’engouement des amateurs québécois de sport pour les Expos et le baseball ». Certains passages de l’épilogue résument assez bien la triste réalité de la formation :

 « Les Expos se sont joints aux majeures à l’époque où l’Association des joueurs a commencé à faire des gains significatifs. Peu après, les joueurs d’impact sont devenus hors de prix et l’équipe ne pouvait plus convaincre les stars établies d’évoluer à Montréal. Les Expos ont souvent été meilleurs deuxièmes à une époque où être meilleur deuxième n’ouvrait pas la porte aux séries de fin de saison. Les Expos ont eu la meilleure équipe de leur histoire dans une saison qui a été interrompue pour de bon au mois d’août, la première et dernière fois (pour l’instant, du moins) que cela se produirait dans toute l’histoire du baseball majeur. Au moment où ils ont eu le plus de besoin de l’appui d’un leader politique, les Expos sont tombés sur Lucien Bouchard, qui, comme on le sait, adore les orchestres symphoniques mais méprise souverainement les « jeux du peuple ». Jeux du peuple, qui, comme il l’a si bien expliqué dans une entrevue lors de l’inauguration de la Maison symphonique de Montréal, ne sont qu’une extension des jeux barbares du temps des Romains. Dans les années où la situation financière de l’équipe était la plus précaire, le dollar canadien valait 60 cents en regard du dollars US. Quelques années après leur départ de Montréal, le huard grimpait à parité avec le dollar US. Quand les Expos ont finalement trouvé un acheteur possédant des ressources financières, il ne s’est malheureusement pas révélé être Robert Wetenhall ou George Gillett. Quand ils auraient eu besoin d’un commissaire comme Bart Giamatti, ils ont eu Bud Selig ».

Le baseball est un sport lent, stratégique, sans cadran, tout le contraire du hockey, par exemple, qui est davantage un sport de réflexe. Je me souviens de ces moments à écouter les Expos à la radio, avec un Jacques Doucet en tête. En étudiant, en feuillant un roman, en travaillant sur l’ordinateur, lors d’un parcours en auto ou assis sur la galerie, un match de baseball faisait parti intégrante de mon quotidien. Une saison est longue, elle demande une assiduité et l’imprégnation d’une fibre partisane. Justement, être partisan d’une équipe de baseball, avoir la foi, devenait une routine estivale. Printemps rime avec camps d’entraînement, une page blanche, où tout parait possible, l’espoir de voir ses favoris en séries et remporter le gros trophée. On achète son magazine annuel pour être aux derniers diapasons des changements et pronostiques. La hâte de voir la neige et le froid disparaîtrent, afin de se lancer la balle entre amis, avec son père, d’aller frapper quelques lancers au terrain le plus proche. Je me rappelle de ces après-midis où j’allais rejoindre mon grand-père dans sa « petite chambre » pour aller écouter un match à la télé. Une victoire de Nos amours et le sourire ne partait plus et ce, même si la fiche de l’équipe était perdante. Une victoire est une victoire. Je repense à ses visites au « Big O » et attendre patiemment près de l’enclos des releveurs pour qu’un joueur autographe ma balle. Le jour où Vlad l’a signé… Né en 1980, je n’ai pas vécu l’époque du Parc Jarry, du Grand Orange, de l’émergence des Carter, Dawson, Raines. J’ai plutôt grandit avec Buck Rodgers, Andres Galarraga, la partie parfaite de Dennis Martinez, Spike Owen etc. Il y a eu les courses au championnat, les déceptions, les frustrations et surtout la fin de ma naïveté infantile, en assistant aux disputes entre propriétaires et joueurs, à la hausse effrénée des salaires, de la game qu’était devenue le baseball, un sport de millionnaires, sans attache, jouant pour l’argent et non plus pour l’honneur. Ce n’était pas que l’adage de baseball, le sport professionnel se transformait, dénotant un symptôme du pouvoir démesuré des syndicats de joueurs (il faut toutefois mentionner que pendant des décennies, tout sport confondu, les propriétaires régnaient en maîtres).

Quand vous êtes disparus, mes étés n’ont jamais été les mêmes. Quand le Canadien de Montréal connaissait une mauvaise saison – fréquent après leur coupe Stanley de 1993 – je pouvais me rabattre sur les Expos. Au Québec, depuis 2004, il n’y a que le Canadien. C’était aussi le cas avant la disparition des Expos, mais de façon plus nuancée, au gré des succès du club : une course aux séries et les guichets du Stade olympique retentissaient, les médias et la population entraient dans la danse, le talk of the town. J’ai toujours eu le CH encré en moi, je ne suis pas différent des autres Québécois, je suis même un irréductible partisan. Mais si on me demandait ma préférence entre une 25e Coupe Stanley au Canadien et une participation aux séries d’après-saison des Expos, je penchais toujours vers le baseball. Pourquoi? Premièrement, l’effet de rareté, n’ayant jamais vu les Expos en éliminatoires. De plus, en raison d’un plus petit nombre d’équipes y ayant accès, il demeure plus difficile pour une équipe du baseball majeur d’y participer.

J’ai aimé les Expos jusqu’à la fin, malgré les cafouillages de l’organisation et du baseball majeur lui-même. Cependant, une fois le départ confirmé, j’ai cessé d’écouter ce sport. Certains diront que je n’aimais qu’une équipe, pas vraiment le baseball. C’est faux. Malgré les déboires, les mauvaises fiches, les pitreries de tous et chacun (incluant de Loria et Samson), j’ai toujours applaudi et chéri le club, et suivi religieusement les activités des ligues majeures. J’ai probablement vécu les mêmes sentiments que les partisans des Nordiques de Québec, lors de leur déménagement à Denver : de la frustration et de l’indignation, ce qui a résulté en un abandon de l’écoute active de ce sport. Pourquoi encourager une ligue qui ne voulait plus de Montréal et qui n’était plus capable de contrôler l’inflation monstre des salaires? Une ligue qui n’a jamais écouté les plus petits marchés, qui a toujours reculé devant l’Association des joueurs (contrairement à la LNH) et n’ayant jamais vraiment cru à un plafond salarial? Sans équipe favorite, à quoi bon suivre le déroulement d’une ligue? Sans cette émotion, cette pulsion électrisante, ce sentiment de fierté qui traverse les veines d’un partisan, il plus difficile d’être un amateur intéressé. Un simple spectateur, sans plus, très volatile, au gré d’évènements particuliers. J’ai surfé sur la vague des Jays cette été, car il s’agissait d’un phénomène. Mais depuis, j’ignore totalement les manchettes et les diverses activités relatives au baseball majeur.

Si les Expos devaient revenir dans le giron, est-ce que je serai de nouveau un partisan de baseball? Possiblement. Mais soyons franc, le sport professionnel et spécialement le baseball, est malade. Cette business est devenue un monstre où il est de plus en plus difficile d’avoir un sentiment d’appartenance auprès des joueurs. Les salaires sont toujours à la hausse, les disputes contractuelles également. Les amateurs resteront à la merci  de conflits de travail et des pourparlers orageux entre multimillionnaires (joueurs versus propriétaires). En voulons-nous vraiment? Le sport professionnel est maintenant aseptisé, sans grande saveur. Aurais-je le même entrain que dans les années 90? Je lisais un article récemment à propos de certains partisans des Jets de Winnipeg, qui malgré le retour de leur équipe, avouaient ne pas ressentir les mêmes émotions et le même attachement qu’avant. « Le hockey est rendu ennuyant. Les premières années consistaient à un renouveau, un engouement normal, mais depuis, je n’ai pas la même fierté. On est loin de mon attachement des années 80 », lisais-je comme commentaire. Le même raisonnement peut-il s’appliquer au baseball (et par la bande, aux futurs Nordiques)? Cela reste à voir.

Parler du retour d’une équipe de baseball majeur à Montréal me parait hélas une utopie. Est-ce réalisable? Je le doute très fortement. Pour faire vivre une équipe professionnelle, tout est une question de gros sous. Si nous pensons que le prix d’une concession de la LNH est élevée (500 millions US pour l’expansion[1]), imaginez celui du baseball majeur. Seul un milliardaire peut rêver à un tel projet. Le hockey en termes de prestige nord-américain, de valeur marchande ou de revenus générés, est à des années lumières du baseball. Le baseball est un sport avant tout américain, et le hockey son équivalent canadien. Si avoir une équipe de hockey professionnel est dans la normalité des choses au Canada, le tout devient moins évident pour le baseball. Il faut être naïf pour croire que le Québec peut se payer un tel investissement. Notre province est pauvre, incrustée d’un fardeau fiscal étouffant, d’un pouvoir syndical démesuré. Est-ce qu’il existe un ici un groupe assez fort financièrement pour soutenir un tel projet? Il y a des milliardaires au Québec, mais ont-ils un intérêt pour le baseball? Et ce bassin de milliardaires québécois est ridiculement bas : il en n’avait que 9 au Québec, en date du 28 juillet 2015[2]. Et si tel est le cas, seront-ils heureux d’y engloutir une partie de leur fortune, sachant l’investissement risqué? Québec rêve au retours des Nordiques. D’accord, c’est un projet porteur. Ma grande crainte demeure l’alternative. Si après 10 ans, Quebecor décidait de vendre l’équipe, est-ce qu’un acheteur se pointerait à l’horizon ou si la même situation vécue par les Expos ressortirait, c’est-à-dire, un propriétaire « fondateur » ayant les poches pleines, vendant ensuite par défaut à un consortium, qui, on le sait, est difficilement administrable? Il y aurait donc Quebecor et…?

Au-delà de l’historique de Montréal comme ville de baseball – des Royaux en passant par les Expos – qu’est-ce la métropole québécoise a à offrir aux dirigeants de la MLB (Major league baseball)? Aucun stade digne de ce nom existe, ni de propriétaires. On peut applaudir les efforts et l’enthousiasme du maire Denis Coderre, mais il est trop tard. Ces efforts auraient dû être déployés par les politiciens de l’époque, au moment de l’agonie de la franchise. Un appui massif de Pierre Bourque, de son successeur Gérald Tremblay et des divers paliers de gouvernement auraient été la clé. Par ces élus, un vent favorable aurait soufflé, une impulsion renouvelée vis à vis la recherche de nouveaux capitaux. Si les maires de Montréal avaient fait preuve de dynamisme et de leadership, un résultat similaire aux Giants de San Francisco de 1976 aurait été possible. En effet, George Moscone passa sa première année en tant que maire à empêcher les Giants de San Francisco d’émigrer vers Toronto. Ce qui fût couronné de succès. La preuve que le politique peut agir, si la volonté est présente.

Lorsque le consortium mené par Claude Brochu pris le tête du club, la donne a changé. Fini le temps d’un propriétaire pouvant laisser passer les déficits et n’avoir qu’un seul but : la victoire. Le nouveau groupe allait amoindrir les dépenses, en liquidant ses meilleurs joueurs. Ainsi, l’objectif premier devenait économique, maintenir l’équipe à flot, sans d’énormes déficits. C’est à ce programme que devait travailler les politiciens et les différents personnages associés au club. Un nouvel acheteur n’arrivait pas les mains vides, il avait quelque chose sur quoi bâtir, une fondation en place. En 2016, une nouvelle franchise demandera de repartir à zéro et exigera des sommes colossales : base de clients, organisation, réseau de filiales, et surtout, les frais de déménagement ou d’expansion. Sans oublier le stade… Le train est dorénavant passé et il serait par conséquent très surprenant de revoir du baseball majeur à Montréal. Ceux mentionnant que le sport professionnel n’a aucune incidence sur la situation d’une région doivent sortir de leur négativisme. Excluant les revenus fiscaux générés entre autres par les impôts des joueurs et les taxes sur les billets vendus, une équipe professionnelle amène une visibilité sans précédent, une publicité gratuite dans tout les médias de l’Amérique. Présent dans les divers médias, le nom « Montréal » apparaissait dans les sommaires de matchs, dans les classements et dans les calendriers. Qui connaîtrait Green Bay sans ses Packers? Que pensez également de la possible revitalisation d’un quartier suite à la construction d’un nouveau stade? Baltimore, Cleveland, Washington et plusieurs autres villes ont réussi ce pari. La perte d’une franchise pour une ville entraîne inévitablement une mauvaise réputation, celle du déclin, d’un marché faible. Montréal l’a vécu et la vit encore. L’Expo 67 est loin derrière, Montréal n’est plus la ville in du passé.

Pour espérer, Montréal  – et le Québec – devra démontrer une assurance, une vigueur économique et un environnement d’affaire sain et libre de contraintes extrêmes, souvent gracieuseté d’un gouvernement obèse. Qui sera, dans la réalité écrasante du Québec, assez téméraire pour construire un stade de baseball, sachant ce prix exorbitant? Et malgré la construction d’un stade, le baseball majeur reviendrait-il? On ne peut que spéculer. Est-ce nous devrions utiliser des fonds publics pour payer une telle facture? N’a-t-on pas construit le Centre Vidéotron avec l’argent des contribuables québécois? Il serait saugrenu de mettre en parallèle les deux. Un stade de baseball ne se compare pas à un amphithéâtre multifonctionnel.

Mais une réflexion s’impose. Étant de couleur conservatrice (ou de droite économique), le principe veut que le gouvernement  intervienne le moins possible dans nos vies. D’un autre côté, l’un des rôles du gouvernement est de fournir aux citoyens des bâtiments publics qui répondront à leurs besoins. Les exemples sont nombreux : bibliothèques, centres communautaires, routes, ponts etc. Le nouveau Centre Vidéotron devait s’inscrire dans cette catégorie. Cet immeuble n’est pas catalogué à des fins de hockey seulement : on y présente aussi des spectacles, des évènements pour toute la famille et le tournoi pee-wee. On pourrait même y trouver un jour des congrès, des expositions, des rassemblements politiques ou populaires. La grande région de Québec avait besoin d’un tel édifice. En aucun temps les gouvernements devraient subventionner une entreprise en difficulté (pensons à la MIL Davie ou à Bombardier), aider une industrie en déroute (exemples : l’automobile et le bois), ou s’ingérer dans les lois du libre marché. Pourquoi aider une industrie plus qu’une autre? Pourquoi aider Bombardier et non pas le commerce aux détails au coin de la rue? Aider tous et chacun serait de la folie, et en privilégier certains démontre du favoritisme et un jeu politique dangereux. Si l’on veut vraiment aider les entreprises éprouvant des problèmes, le rôle efficace d’un gouvernement débute par la création d’un environnement fiscal adéquat, compétitif, sans lourdeur administrative. Un « paradis fiscal » en d’autres termes. Une infrastructure comme le Centre Vidéotron ne devenait pas une subvention, mais un actif, un élément important du patrimoine d’une ville, un investissement nécessaire, non risqué et durable. C’était aussi, pour la ville de Québec et son maire, une question de choix et de priorité. Malgré mon amour passé pour le baseball et mon réel désir de revivre cette euphorie estivale, un stade expressément conçu pour ce sport n’est pas, à mon avis, une infrastructure apte à s’inscrire dans la même catégorie qu’un centre multidisciplinaire : il ne servirait qu’exclusivement à une équipe professionnelle, à quelques exceptions près (voir ici un spectacle de musique de grande envergure). N’oublions pas que contrairement à un aréna, un stade ne sera en opération que l’été, car l’hiver québécois n’est jamais loin.

On fait toutefois fausse route si pour s’opposer à un déblocage de fonds publics, le principal argument consiste en la fameuse casette du « on doit investir cet argent en santé et dans les écoles ». Dans son refus de s’impliquer dans la construction d’un nouveau stade, ce discours avait été maintes fois prononcé par le gouvernement Bouchard. Le problème en santé et en éducation n’est pas les sommes y étant consacrées, mais bien comment elles sont administrées!

Attrayante, Montréal devra ainsi le redevenir. Un stade demandera un investissement massif de la part du privé, ce qui implique la présence d’un maire et de dirigeants politiques sympathiques à cette cause, ouverts d’esprit et surtout « facilitateurs » , démarcheurs et porte-paroles. Les dédales administratifs devront être éliminés afin d’accélérer le processus. L’air ambiant d’une ville, son aura, et sa vibe attirent les investisseurs. Si Montréal a déjà réussit à obtenir une concession du baseball majeur, on le devait aux répercussions de l’Expo 67. Montréal était une ville en plein essor, mondialement reconnue. La MLB était par le fait même très attirée par ce nouveau marché. Montréal peut-elle rebondir?

 

[1] Tel que mentionné par Gary Bettman : http://www.lapresse.ca/sports/hockey/201504/24/01-4864252-une-equipe-dexpansion-couterait-500-millions-selon-bettman.php

[2] Voir ce texte : http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201507/28/01-4888575-neuf-milliardaires-au-palmares-de-quebec-inc-en-bourse.php

Arthur Buies

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Arthur Buies

Les Québécois ont tendance à ne pas mettre en pratique leur devise « je me souviens ». Plusieurs évènements et personnages de notre histoire sont méconnus, effacés ou tout simplement oubliés. Notre devoir collectif est le maintient de notre identité, dans un monde de plus en plus multiculturel.

Adepte du principe multiculturel, tout comme l’Occident dans son ensemble, le Québec d’aujourd’hui n’a plus d’âme. A l’heure des remises en question du mouvement souverainiste, se souvenir, par la découverte de notre héritage historique, demeure un élément majeur de notre sauvegarde identitaire.

Récemment, j’ai redécouvert les écrits d’Arthur Buies (1840-1901). Buies a été un polémiste de la fin du 19e siècle. Son ouvrage La Lanterne fût très controversé et mis à l’index. Ses critiques acharnées d’un clergé omni puissant, sa défense de la liberté d’expression et de la démocratie furent les points d’encrage de ses écrits. Je me suis procuré un exemplaire de l’édition de 1964 de La Lanterne, publié par Les Éditions de l’Homme, de Marcel-A Gagnon. Une lecture de ses « propos révolutionnaires et de ses chroniques scandaleuses » est une véritable leçon d’histoire, permettant un voyage dans le temps, à une époque où le Québec semblait figé, emprisonné par un clergé étouffant. Ses écrits permettent d’apprécier, en plus du talent de l’auteur, son courage, lui qui fût ridiculisé et censuré.

En plus de la réappropriation de ce personnage dans l’établissement de notre histoire nationale, ses messages peuvent, dans un contexte moderne, s’appliquer à nous. Son désir de vouloir sortir le Québec (en Canada pour lui) du marasme, en critiquant les élites et les sources de cette stagnation doivent servir aujourd’hui d’exemples, où la liberté d’expression est de plus en plus menacée. Les syndicats, les groupes de pressions, les minorités culturelles, l’islam radical et même nos gouvernements ne doivent pas brimer le droit de nous exprimer librement. En 1875, l’Église avait tout les pouvoirs. En 2015, ces pouvoirs appartiennent à une élite – surtout médiatique – gauchiste et multiculturelle. Oser la critiquer et les conséquences seront immédiates : diabolisation, poursuite bâillon, insultes etc.

En 1875, l’Église contrôlait le discours ambiant, limitant ainsi le droit de parole de la population. En 2015, le politically correct devient l’équivalent. Gardons en mémoire ce polémiste de génie, autant par les réflexions suscitées que sa teneur historique et identitaire.

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Alexis

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On se demande parfois quel personnage historique aimerions-nous rencontrer ou être. Jules César? Samuel de Champlain? Charlemagne? George Washington? Après la lecture du roman de Christine Kerdellant « Alexis ou la vie aventureuse du comte de Tocqueville » et des nombreux ouvrages du comte lui-même, Alexis de Tocqueville serait ma réponse.

D’abord, il a une personnalité attachante, qui me ressemble sur certains points. Il est curieux intellectuellement, timide, surtout lorsqu’il doit discourir devant de grandes foules, remplie de doutes, mélancolique et éternel angoissé.

J’admire sa carrière politique et d’écrivain. Auteur visionnaire et de talent, son amour de l’écriture et son immense héritage ne sont que quelques éléments à retenir. Il ne se contentait pas de faits et d’opinions, il allait à la source, le plus loin possible, afin de découvrir la vérité. Pensons à son inspirant voyage en Amérique.

Selon Christine Kerdellant, pour Alexis : « l’écriture le fait échapper aux douleurs de l’âme, elle lui permet d’oublier ses faiblesses, de combler certains manques, de se réconcilier avec lui-même et avec les autres. Elle est son salut ». Je me retrouve beaucoup dans cette description.

Il vécu aussi à une époque très mouvementée de la France (19èime siècle), ce qui forgea sa légende. Homme de convictions, et non d’ambitions, ses idées devaient triompher. La France était plus importante que tout.

J’envi cet homme de l’Académie française. Un homme adulé des femmes, qui a su trouvé un amour fusionnel avec Mary Mottley. C’est elle qui inspira, aidera et encouragera Alexis dans ses écrits et sa carrière politique. Un amour comme celui-là est rare. Il est inspirant et permet d’y croire.

J’aurais aimé être Alexis, un homme marquant et charismatique de la France moderne. Ses longues conversations intellectuelles dans divers salons parisiens, londoniens et américains, ainsi que ses rencontres inoubliables nous poussent à le jalouser un peu. Une vie trop courte toutefois, Alexis étant décédé à 53 ans seulement.

L’Univers de Tintin

L’Univers de Tintin

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 Tintin a toujours été une véritable passion pour moi. En effet, depuis mon très jeune âge, cet univers me fascine, me donne des frissons. Je veux juste simplement faire dans ce texte un éloge sur ce phénomène qui en passionne tellement. Tout d’abord, il est important de mentionner que c’est mon père qui m’a fait découvrir ce monde merveilleux, en m’offrant vers l’âge de 6-7 ans Tintin au Congo. L’histoire d’amour a ainsi débuté pour ne jamais quitter. Au fil des mois et des ans, j’ai lu les autres aventures du reporter et chaque BD m’apportait le sentiment de vouloir rester à jamais dans ces 62 pages. Les années passaient et le désir d’acquérir la collection s’intensifiait. Les produits dérivés ont ensuite suivis; la chasse à tout objet ou relation avec Tintin débutait en grande.

Il est le parfait remède à l’ennui et à la mélancolie. Je suis quelqu’un qui demeure un peu enfantin, une raison probable d’un célibat qui s’étire.

Pourquoi aimer l’Univers Tintin?

Tintin et ses amis

Mais une question demeure: pourquoi aimer Tintin? Ce personnage n’est pas adulé de tout le monde, évidemment. On y retrouve toutefois une magie non retrouvée chez les autres héros. J’aime bien Lucky Luke, Astérix et compagnie, mais quelque chose manque parmi ces autres créations.

Ce qui frappe rapidement dans les albums de Tintin, ce sont les personnages. Ils sont des plus attachants, assez différents l’un de l’autre, mais ils ont tous un point en commun: la fidélité. Tintin est celui à qui je m’identifie le plus; assez sérieux, discipliné, intellectuel, fidèle à ses amis, curieux d’apprendre et n’étant pas des plus expressif. Plusieurs détracteurs le trouve terne ou anti héros. Il y a une part de vérité, mais la grande force d’Hergé, son créateur, fût de bien l’entourer et de lui confier des aventures tumultueuses et palpitantes.

Les autres personnages sont follement indispensables. Les premiers albums du reporter travaillant au Petit Vingtième sont excellents, par la profondeur des histoires et des liens étroits avec l’actualité (de l’époque), mais tout change avec l’arrivée du Capitaine Haddock. Les dissimilitudes apparentes entre Tintin et Haddock nous font vivent des moments hilarants, mais présentes aussi des occasions remplies d’émotions.

Au début de mes premières lectures, -à un plus jeune âge donc-, l’histoire m’importait peu. C’était l’ambiance, l’atmosphère, le dépaysement et l’humour qui importaient. Chaque épopée amenait son lot d’intrigues. A titre d’exemples, on a juste à penser à la recherche du trésor de Rackham Le Rouge ou à l’expédition au Tibet

Au fil du temps, par le développement d’une maturité et les expériences personnelles, les liens avec l’actualité du temps, les pointes sarcastiques ou les différentes références amenées par Hergé s’ajoutèrent comme raisons d’appréciations. Avec son reporter, Hergé a su, de façon exceptionnelle, autant nous divertir qu’éduquer. On passe tous par des moments pénibles dans nos vies, c’est indéniable. La musique, le dessin, la cuisine, Star Wars etc. sont des thèmes pouvant être libérateurs pour certaines personnes, alors que Tintin partage cet effet pour d’autres. Chacun son coin de paradis, où la raison est endormie.

Première véritable raison: l’humour

Les Dupondt

Les Dupondt

Tel que déjà mentionné, l’humour prend une place essentielle dans les péripéties de Tintin : raison majeure de son succès. Ce sont principalement ses acolytes qui provoquent le plus des fous rires. Tintin représente surtout l’exemple à suivre, l’image parfaite, les qualités à avoir -courage, souci du détail, ne jamais lâcher, fidélité.- soit le côté sensé et normal. Haddock est son opposé complet, le colérique alcoolique au mille défauts, agissant avant de penser. Le capitaine et Tintin : un « Odd Couple » avant son temps.

Les nombreuses prises de becs du Capitaine, ses changements d’humeurs fréquents et ses célèbres jurons en font un symbole éternel, un personnage plus grand que nature, d’attachant malgré les frasques.

Tintin est un modèle difficile à imiter, un « demi- dieu », alors qu’Haddock représente le mortel moyen, avec ses qualités et défauts, ses joies, ses peines. Hergé, est tout aussi brillant raconteur que sociologue. Il a su intégrer à son principal héros, -Tintin-, personnage souvent illustré dans la littérature -pensons à Sherlock Holmes ou Edmond Dantès-, des personnages secondaires extravagants certes, mais davantage humains.

Qui n’a pas rit en regardant les agissements du Capitaine? Les Dupondt ne laissent pas leurs places non plus côté comédie, leurs similitudes physiques et intellectuelles aidant, ainsi que leurs multitudes gaffes et malentendus.

Le professeur Tournesol également est un personnage spectaculairement amusant. Malgré lui, ce scientifique de génie, qui a permis à Tintin de devenir le premier homme à marcher sur la lune, est le digne représentant d’un spectacle burlesque. Certes il est un homme sérieux et de sciences, mais il est le stéréotype parfait du savant lunatique et distrait. Sa surdité est toutefois sa caractéristique principale. Il est étrange de constater que lors de l’expédition lunaire, le professeur utilisait un appareil pour sa surdité alors qu’avant et après, il n’en possédait aucun. Il est fort probable qu’Hergé a jugé crucial de mettre toutes les capacités de Tournesol au profit de l’expédition. Sa surdité devait être contrôlée pour le bien de la mission -un malentendu aurait pu être catastrophique- alors que pour les autres aventures, il devait faire rire, servir de faire-valoir, et non plus être le chef de fil d’une mission d’importance capitale.

Une situation, résumant parfaitement Tournesol, survient dans Les bijoux de la Castafiore, lorsque le Capitaine apprend que la Castafiore viendra à Moulinsart. On voit ainsi Haddock chanter une chanson de la diva et Tournesol de dire:

« Tiens? Nous allons avoir de l’orage… ».

La surdité à son extrême. Le Tournesol distrait survient quelques pages plus loin lorsque Haddock crie de joie la non venue de la cantatrice, laissant ainsi aller quelques gouttes de whisky sur le professeur. Sa réplique est tordante et prouve bien son étourderie:

« Saperlipopette! Je n’aurais pas dû sortir sans parapluie ».

La scène se passe … à l’intérieur. Le génie d’Hergé est dans cette nuance : histoire intelligente, parfois sous un fonds très sérieux ou grave, accompagnée d’un vaudeville.

Que pensez de la mésentente à propos de la location du requin submersible dans Le trésor Rackham Le Rouge, de son absence de réaction lorsque Tintin hurle TCHANG au début de l’aventure qui propulsera nos amis au Tibet, de son « tour de magie » avec le billet de banque au dépend de Carreidas au début du Vol 714 pour Sydney ou de sa profonde ignorance des événements se déroulant dans le Temple du Soleil, pour illustrer ces moments d’humours mettant en vedette le savant? Malgré tout, pour les Tintinophiles, Tournesol est un personnage central, important, doué d’une grande ingéniosité.

Rastapopoulos

D’autres personnages nous font également rire. Évoquons la Castafiore et ses déformations du nom du capitaine, l’exubérance de Séraphin Lampion ou aux crises de nerfs de Rastapopoulos. En parlant de légèreté divertissante, l’amaigrissement de Nestor dans Coke en Stock, causé par Abdallah correspond à cette définition.

Ces petits moments cocasses, nous faisant abondamment bidonner, rendent ces personnages encore plus sympathiques, attachants et adulés. Par son humour, Hergé a donc su combler son public de la première heure et attirer une nouvelle clientèle. De sérieux et axé sur l’actualité, il a fait passer son univers tintanesque à autre niveau. Combiner humour et récit dramatique aura été un avancé important dans le monde non seulement de la BD, mais de la création artistique. Une place importante attendait Hergé dans l’Histoire du XXe siècle, ayant tellement marqué de générations.

Quand la réalité fusionne avec la fiction

Le Lotus bleu

Le Lotus bleu

Un point fort des albums de Tintin provient du réalisme des histoires. Personnellement, cette évidence m’est apparue à l’âge adulte. Il faut posséder une certaine maturité, une curiosité intellectuelle et être en mesure de comprendre le monde dans lequel on vit, afin de pouvoir déceler le message véhiculé dans les albums.

Chez Hergé, la réalité est toujours au rendez-vous de la fiction. Pour façonner ses dessins et construire ses récits, il s’est inspiré des faits de l’actualité et d’une multitude de choses concrètes.

Pensons tout d’abord à la guerre sur la possession de pétrole dans l’Oreille Cassée qui était une démonstration du conflit que ce faisait de puissantes entreprises; provoquer un conflit pour le profit! La dénonciation implicite de la guerre du Gran Chapo qui oppose, le San Theodoros et le Nuevo Rico est à cet égard un modèle du genre. Inspiré du conflit territorial du Gran Chaco, qui déchira de 1931 à 1935, la Bolivie et le Paraguay, Hergé y dépeint le San Theodoros, pays fictif, à l’aide de clichés (de façon plus marquée dans l’Oreille cassée) et d’allusions à la situation sociopolitique de l’Amérique latine (de façon plus marquée dans Tintin et les Picaros). Le centre-ville de Tapiocapolis qui sert de façade au pays, et qui cache la misère de la population, rappelle le Brésil des années 1970 et sa capitale, Brasilia. Le but du San Theodoros est d’annexer le territoire du Gran Chapo pour le compte de la General American Oil. Un conflit clairement suscité par la convoitise de gisements pétrolifères qui opposa deux grandes compagnies pétrolières de l’époque, l’américaine Standart Oil et la British Controlled Oilfields. L’auteur voulait dénoncer la situation et il l’a ainsi intégrée dans l’album en changeant le nom des compagnies et des pays. A l’époque, il voulu lancer un message à ses contemporains, et pour nous, en 2014, c’est une leçon d’Histoire, rien de moins.

Le Spectre d’Ottokar fut également un reflet de la réalité d’alors; une allusion claire de l’envahissement allemand lors de la deuxième guerre mondiale. L’histoire tourne autours de la Bordurie qui envahira la Syldavie suite aux troubles causés par la chute du roi; l’Allemagne remplace la Bordurie et l’Autriche est la Syldavie. La toile de fond est bien sûr une critique de l’expansionnisme allemand. Au niveau politique ce sont les années de l’Anschluss, c’est à dire l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne Nazie. Témoin de ces événements, Hergé s’en est inspiré pour créer deux pays rivaux imaginaires, avec une histoire légèrement différente, puisque la Bordurie n’a pas réussi à annexer la Syldavie. La Syldavie à des ressemblances avec l’Autriche, mais aussi avec une voisine proche qui est la Pologne. L’histoire de complot, de troupes et de résistance forment une espèce de synthèse.

Le Lotus Bleu aussi nous parle d’un fait marquant historique. En arrière-plan de l’aventure, il y a la démonstration de la malhonnêteté du Japon. C’est l’ami d’Hergé, un dénommé Tchang, qui lui ouvrit les yeux à ce sujet. Dans l’album, on y voit l’incident de la ligne de chemin de fer. Tintin est témoin du sabotage de la voie par des hommes de main des Japonais. L’idée est d’en faire porter la responsabilité aux Chinois et de s’en servir comme prétexte pour justifier une intervention militaire à Tokyo. Le dessinateur se livre donc à une satire politique exemplaire. Tout comme l’authentique situation, des diplomates japonais justifient l’envoi de troupes en Chine.

Le récit de Tintin et l’or noir, débuté avant la guerre, raconte une lutte de pouvoir opposant un émir et un cheik, chacun financé par une compagnie de pétrole différente. L’essence falsifiée était une stratégie en cas de guerre pour réduire l’effort militaire de l’ennemi.

Coke en Stock montre un fait inquiétant: l’esclavagisme des noirs. La réalité de l’époque était encore une fois dépeinte. En 2014, cette condition est caduque, mais ce pan de la mémoire humaine ne doit pas être oublié.

Les autres histoires de Tintin ne sont pas aussi cinglantes envers la société. Après la deuxième grande guerre, Hergé décide de moins se fier à l’actualité. Était-ce par une tranquillité d’esprit renouvelée suivant l’incertitude d’un conflit? Par un désir d’aller dans une autre direction? Par des intérêts multiples à traiter? Par une fatigue de la critique? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais il fût l’un des rares à aborder ces sujets, spécialement d’une manière si artistique et non provocatrice. Dans le monde occidental actuel, dénoncer peut signifier une poursuite judiciaire pour diffamation. La liberté de presse existe bien, mais elle est limitée par le droit individuel et des épidermes sensibles. Critiquer l’islam par exemple peut amener des représailles violentes, pensons aux caricatures de Mahomet. Aucune organisation commerciale ne va tolérer des illusions néfastes à son endroit.

Quand la réalité fusionne encore plus avec la fiction

Affiche de Rino Tossi dans le Trésor de Rackham le Rouge

En plus de dénoncer certains faits réels par des allégories, Hergé utilise de véritables objets ou lieux pour illustrer ses propos. Il est vrai qu’il a inventé la plupart des endroits visités par le reporter, entre autres avec la Syldavie, la Bordurie et San Theodoros. Outre le gangster Al Capone, les personnages aussi de l’oeuvre sont des pures inventions. Les héros sont fictifs, ils sont néanmoins le reflet de personnalités connues.

Hergé s’amuse ainsi entre les figures de style et l’authenticité. Le jeu peut parfois être subtil ou flagrant. Créer une oeuvre implique nécessairement d’utiliser des faits tangibles, que l’on côtoie quotidiennement. On parle plus précisément de références ou d’influences. On peut alors y remarquer quelques déformations amusantes de noms, tel Rino Tossi, pour Tino Rossi.

Malgré tout, le Congo, l’Amérique, la Chine, l’Écosse, le Pérou, Sydney ont vu les exploits du petit reporter. Le réalisme répétons le est une caractéristique d’Hergé, celui-ci faisant d’innombrables recherches et enquêtes pour mieux saisir et rendre crédible ses dessins. Les pays et lieux sortis de son imagination sont inspirés de sites réels. Il a su mélanger le vrai et du faux, le faux étant assez proche du vrai, si on peut philosopher ainsi.

Fétiche Arumbaya

Fétiche Arumbaya

Le fétiche arumbaya a été inspiré d’une statuette précolombienne en bois, les escarpements abrupts de l’île Noire ressemblent aux côtes rocheuses de Bretagne et le sceptre d’Ottokar a été lui inspiré par un sceptre polonais. Également, le navire le Glengarry de Glasgow servit de modèle au Karaboudjan, le professeur Tournesol ressemble étrangement au savant Auguste Piccard, qui a établit des records d’altitude et de plongée et Hergé s’est aussi inspiré d’une momie Parakas pour dessiner la momie de Rascar Capac dans Les 7 boules de Cristal.

Il ramassait beaucoup de documentations, prenait une multitude de photos afin d’illustrer ses récits. Pour le dessinateur, la ressemblance, le souci du détail, la crédibilité et la perfection de ses dessins étaient des choses cruciales, voire primordiales et nécessaires. Dans son univers, rares sont les personnages inventés de toutes pièces. Tout les auteurs vont l’admettre, il est impossible de créer sans inspiration venue directement ou indirectement de faits concrets.

Des figures historiques ou des célébrités de l’époque en sont donc particulièrement ressorties. Hergé s’inspira ainsi de la soprano italienne Renata Tebaldi pour créer la Castafiore. Cette rivale de Maria Callas triompha sur les principales scènes mondiales jusqu’à la fin des années cinquante.

Faire référence à la politique actuelle a toujours été mis de l’avant. Ainsi, il n’a pas manqué de brocarder les trois dictateurs de son temps. Dans le Spectre d’Ottokar, plane l’ombre d’un certain Müsstler, chef du parti « la Garde d’acier » qui complote pour renverser le roi Muskar XII. Son nom est une belle combinaison facile à décrypter de Mussolini et d’Hitler. Plus tard, alors qu’un vent de déstalinisation souffle sur l’URSS, Hergé ridiculise le culte de la « personnalité » dans l’Affaire Tournesol. Les moustaches de Plekszy-Gladz rappellent étrangement celles d’un certain Joseph Staline. L’ambiance oppressante de la dictature y est parfaitement rendue et la moustache du chef suprême, son symbole le plus évident (symbole du régime) se retrouve partout: drapeaux, calendriers, poignées de porte, brassards.

Rackham Le rouge

Rackham Le rouge

Le pirate Rackham Le Rouge provient de deux personnages distincts: un certain John Rackham, qui écuma la mer des Antilles avant d’être pendu à la Jamaïque en 1720, et un pirate haïtien nommé Lerouge, personnage fictif d’un roman américain. Quant à la physionomie du célèbre pirate d’Hergé, certains lui trouvent une certaine ressemblance avec le Cardinal de Richelieu. Autoritaire, tricheur, avare, méprisant avec ses subordonnés.

George Rémi, dit Hergé, a lourdement chargé le portrait du millionnaire Laszlo Carreidas, constructeur d’avions et brasseur d’affaires internationales dans Vol 714 pour Sydney. Sa réputation « d’homme qui ne rit jamais » le rapproche du célèbre avionneur Marcel Dassault, écharpe, lunettes et chapeau mou compris.

Pour ce qui est du professeur Tournesol, c’est un scientifique de haute volée qui inspira Hergé. Le terme s’applique au physicien suisse Auguste Piccard, professeur à l’université de Bruxelles, concepteur d’un ballon à nacelle étanche aménagée par ses soins, qui lui permit d’effectuer les premières ascensions stratosphériques et de battre, au début des années 30, le record d’altitude à 16 000 mètres du sol. Il effectua aussi des plongées à grande profondeur qui révolutionnèrent l’océanographie. Le sous-marin de poche en forme de requin de Tournesol n’est donc pas complètement farfelu. Seules libertés prises avec son modèle original: Auguste Piccard n’était pas sourd et avait une bonne taille accompagné d’un cou interminable. Hergé a même déjà avoué que Tournesol est un mini-Piccard car sans quoi, il aurait dû agrandir les cases de dessin. On comprend un peu mieux maintenant pourquoi le personnage de Tournesol et ses inventions nous sont si bien décrits, si familiers et si près de la réalité.

Finalement, sous les traits du capitaine qui recueille Tintin à son bord dans Les Cigares du Pharaon, c’est sans doute Henri de Monfreid, un célèbre écrivain, aventurier, qu’Hergé a représenté; même lieu, la mer Rouge, même bateau, un boutre (voilier arabe), même activité, le trafic d’armes. Le best-seller Les Secrets de la mer Rouge est publié l’année où Hergé débute Les Cigares du Pharaon. La tenue vestimentaire du personnage de l’album tient toutefois plus du paisible yachtman que celle du vrai Monfreid.

Dans les aventures de notre ami reporter, les paysages donnent tout leur relief à l’intrigue. À eux seuls, ils constituent une irrésistible invitation au voyage. Entre géographie réelle et imaginaire, l’art du décor est poussé jusqu’à la perfection. Par exemple, le célèbre site de Pétra, en Jordanie, a été transposé par Hergé en émirat imaginaire du Khemed.

Hergé montre souvent des endroits méconnus ou inconnus de tous. On les découvre grâce lui. Il dessine des lieux très conforment à la réalité. Lorsqu’on voit le Sherpa Tharkey, de Tintin au Tibet, se laisser glisser dans la crevasse où est tombé Tintin lors d’une terrible tempête de neige au Tibet, Hergé signe l’un de ses plus beau décors. Il s’est sûrement servi de quelques photographies pour s’en inspirer.

Hergé au travail

Hergé au travail

Le créateur de Tintin ne lésinait pas sur les détails et le réalisme. Pour lui, c’était primordial et capital. Il avait la réputation des longues périodes de recherches, par des lectures et des prises de photos lors de déplacements spécialement conçus pour capter la vraie nature. Ces archives allaient ainsi servir aux albums en construction. Les nombreux croquis de paysages, vus sous différents angles -servant à analyser si un lieu pourrait être utilisé, ou comment il le serait-, ont démontré son grand désir à voir apparaître dans ses pages une réalité absolue, sans faux pas. Évidemment, le tout sera accompagné de quelques initiatives personnelles.

Les toiles de fond des aventures de Tintin sont une marque de commerce du célèbre dessinateur. Lorsque Tintin se promène dans une jungle dans L’Oreille Cassée, Hergé ne se contente pas uniquement de dessiner quelques arbres ici et là afin de nous faire croire à une jungle ordinaire. Plantes aux feuilles démesurées, fouillis de branches et de lianes entortillées rendent fidèlement compte de la luxuriance de la jungle tropicale. Il ne lésine pas sur les détails. Des sables du Sahara, aux glaciers himalayens, en passant par les forêts d’Amazonie et les landes de l’Écosse, les vignettes en couleurs du dessinateur, remplies de précisions, révèlent une planète truffée de surprises, d’embûches et de rêves infinis. Géographie vivante et non pas éphémère ou terne, là réside sans doute une part de la puissance évocatrice des dessins d’Hergé.

Dès lors qu’un lien affectif unit les personnages et le lecteur, Hergé peut les faire évoluer dans n’importe quel décor, sans susciter d’ennui. Puisée aux sources d’une grande qualité personnelle d’observation, et d’une documentation surabondante, son inspiration paysagère n’est jamais prise en défaut, à quelques exceptions près. Photos, dessins, peintures, cartes et récits de voyage sont soigneusement disséqués pour en tirer la matière première nécessaire à la construction des décors. Le dessinateur belge avait le souci du détail.

Les ouvrages racontant la vie et le travail d’Hergé nous dévoilent souvent des sources de références, des archives personnelles ou des commentaires inédits. On comprend alors concrètement l’envers du décors. Il est captivant de constater ce qui poussa Hergé et son équipe à créer les divers éléments constituant les aventures du reporter. Certaines personnes vont refuser d’aller au-delà de la lecture primaire des tomes, pour se garder un regard naïf. Le « making of » peut avoir un effet pervers pour celles-ci, soit la suppression de la fantaisie immédiate. Connaître les éléments déclencheurs d’une planche ou voir comment les effets spéciaux d’une scène d’un film ont été construits, peuvent effectivement enlever une touche d’innocence. Mais est-ce un risque si élevé, en comparaison à cette vision d’ensemble dévoilée?

Hergé est décédé bien avant l’arrivé de l’Internet et de son flot incessant d’informations et d’images. Ses recherches poussées démontraient un dévouement exemplaire à son oeuvre, une absence totale de paresse. Se déplacer, assimiler les informations, les trier demandaient un effort continu. Cela rend donc encore plus exceptionnel la qualité et le réalisme de son travail. Il est vrai qu’au milieu du 20è siècle, il était peut-être plus facile d’émerveiller qu’aujourd’hui, où l’abondance est maître, où presque tout a été vu. Déguster une oeuvre telle que celle présentée par Hergé était en un sens plus aisée. En 2014, tout est jetable rapidement, le monde est accessible à un clique de souris. La durée de vie de l’intérêt pour un auteur passe souvent très vite. On oubli de réfléchir, de scruter, d’apprécier, de peur de manquer de temps pour le reste. Une BD de Tintin, on doit la savourer par petites bouchées et non pas en quelques minutes seulement ; l’album entre les mains et non pas devant un écran.

Terminons ce segment par un fait cocasse. Pareillement au cinéaste Alfred Hitchcock s’invitant fugitivement dans ses films, Hergé n’a pas pu résister au plaisir de se mêler à l’action de ses personnages. En toute discrétion, il a choisi d’y paraître dans quelques aventures, accompagnés soit par sa première femme Germaine (Le Spectre d’Ottokar), ou ses collaborateurs Bob de Moor et Edgar Pierre Jacobs. Les créateurs de Tintin passent très inaperçus parmi les personnages; les personnages ont-ils dévorés ses auteurs?

L’avant-gardiste et audace

Le Yéti dans Tintin au Tibet

Le Yéti dans Tintin au Tibet

Certaines des aventures du reporter furent des enquêtes dites standards – faux monnayeurs, contrebandiers, escrocs affamés de gains- d’autres incarneraient un aspect original, audacieux et même avant-gardiste, -citons ici L’étoile mystérieuse et l’aventure lunaire-.

Hergé s’est permis également des histoires du domaine de l’irréel ou du fantastique. Était-ce un hymne à ses croyances? Le passage traitant des extraterrestres dans Vol 714 pour Sydney illustre à quel point son imaginaire est développé. Il avait selon plusieurs de ses proches des croyances pointées vers le surnaturel. Lui-même n’a pas reculé devant ces affirmations. Il existait selon lui des formes de vie ailleurs que sur la terre. Il a exprimé ces idées dans ses parutions.

Le yéti dans l’épisode au Tibet est aussi très osé. La trame de fonds de cette histoire consiste en l’amitié entre Tintin et Tchang. Toutefois, l’englober sous la forme d’un récit mettant en vedette un être imaginaire, une créature digne du Seigneur des anneaux, démontre un dessinateur sans peur, sans retenue pour exprimer son talent, n’accordant pas d’importance à la critique. L’intégration de l’abominable homme des neiges dans cette album en avait fait sourciller plusieurs. On est loin du discours politique des premières années, mais on remarquera encore une fois un artiste complet, capable de se renouveler.

L’originalité de la course au trésor contenant la merveilleuse histoire de l’ancêtre du Capitaine et l’ensorcellement des archéologues dans l’affaire des boules de cristal sortent de l’ordinaire, laissent une image au-delà du tangible. Rien de banal.

Certaines histoires sont plus classiques, d’autres extravagantes, mais le charme de l’oeuvre demeure toujours intact. Peu importe le sujet abordé, la profondeur du texte et des dessins ne sera jamais réduite ni allégée.

Science et technologie

Objectif Lune

Objectif Lune

Selon ses biographes, Hergé, durant toute sa vie, s’est davantage intéressé aux phénomènes paranormaux qu’à la science. Pourtant, ses talents du vulgarisateur scientifique et de visionnaire, en particulier dans l’aventure lunaire, publié 17 ans avant Apollo 11, ont été universellement reconnus. La fusée d’essai X-FLR 6, la fusée lunaire, son moteur atomique, ses moteurs auxiliaires, la Tournesolite, le scaphandre lunaire, le char lunaire sont autant des créations riches en émotions pour le lecteur que de produits avant-gardistes.

Si les sciences et les techniques sont tellement présentes dans son oeuvre, c’est à cause de leur place dans l’Histoire du 20èime siècle; Tintin se veut un reflet à la pointe de l’actualité. Dès 1942, dans l’Étoile Mystérieuse, le calystène, un nouveau métal, fait écho au francium découvert en 1939; le submersible de Tournesol ainsi que son arme à ultrason s’inspirent d’appareils existants. Quant au sérum de vérité du docteur Krollspell, il renvoie au Penthotal, un anesthésique, en vogue à la fin des années 50. Mieux encore, Hergé a souvent une bonne longueur d’avance technologique, comme avec l’avion Carreidas 160, imaginé en 1968, ou l’idée d’un téléviseur couleur à écran géant (finalement inadéquat).

Au fil des albums, science et technique sont présentes pour amuser, faire rêver ou pour instruire. La plupart des aventures de Tintin mélangent ces trois ingrédients; l’une des raisons du succès de la BD.

Un truc qui a fait bien rire plusieurs lecteurs est la représentation des savants. Ils sont soit complètement fous (l’égyptologue Siclone, l’ex astronome Philippulus), soit pathologiquement distrait (l’anonyme dans l’Oreille Cassée) ou juste un peu fêlés (le professeur Calys, qui fête sa découverte avec des caramels mous).

Mais le savant de la saga de Tintin, c’est Tournesol. Ses débuts sont particulièrement comiques avec son lit placard, son gazogène et sa machine à brosser les habits. Ses inventions, souvent inégalées dans l’Histoire humaine, démontrent un Hergé original, mais aussi astucieux dans la construction de ses récits, ces créations servant de locomotive à son développement. La pilule anti-alcool, les patins à roulettes à moteur et l’émetteur d’ultrasons capable de détruire le verre et la porcelaine témoignent de sa vivacité intellectuelle. La surdité du professeur, telle que mentionnée plus haut, est source à gags. La lune va faire de lui un savant de classe internationale, qui se comporte comme un vrai chef d’équipe.

Plus loin que la simple lecture des albums

Tintin

Tintin

Les aventures du petit reporter à la houppette nous apprennent des choses, nous fascinent au plus haut point, nous forcent même à faire des recherches personnelles sur des éléments présentés dans les albums : la géographie, la culture, la navigation, la politique, la science etc. C’est une joie de lire les albums, mais le travail intellectuel « post lecture » est aussi une source inébranlable de plaisir.

Évidemment, le niveau de curiosité varie d’un individu à l’autre, et il faut admettre que l’oeuvre d’Hergé ne peut plaire à tous. Sa lecture demande souvent la compréhension d’un second degré pour l’apprécier à sa juste valeur. La force d’une aventure de Tintin consiste donc à ces différents degrés d’interprétation. Jeune, on ne voit souvent que les images, le récit général et les traits caricaturaux des personnes -premier degré- alors qu’en vieillissant, l’enrobage nous apparaît, les allusions et différents messages voulus aussi -deuxième degré- : habile cheminement. Mais à l’âge adulte, on peut laisser notre esprit mature à la porte et se laisser glisser dans notre coeur d’enfant. Rien n’est théorique à ce point!

Voila pourquoi Tintin passionne tellement les gens; la lecture des aventures est poussée encore plus loin. Relire un album ne devient pas redondant, mais plutôt une découverte continuelle d’informations et d’outils intellectuels.

Le dictionnaire des noms propres

Le dictionnaire des noms propres

Une oeuvre artistique, surtout une bande dessinée, peut engendrer des produits dérivés. La série de films Star Wars et le groupe de musique KISS ont lancé la mode au tournant des années 1970, et depuis, cette mode est devenue la norme. Lire oui, collectionner aussi! Le monde de Tintin n’est pas différent, mais au lieu d’une mise en marché pêle-mêle, les Studios Hergé ont établi des standards de qualité, tant au niveau du produit lui-même qu’à sa sélection très restrictive. Tintin a un rôle certes informateur dans ses aventures, mais nous devons parler aussi des innombrables outils pédagogiques le mettant en relief : des fiches éducatives, des dictionnaires anglais-français, des livres rapportant la géographie en images et en explications des lieux visités par le reporter et ses amis, des albums jeux (Jouons avec Tintin). Aimer Tintin, c’est apprendre toujours plus.

Un enfant entrant dans l’univers de Tintin ne gaspille pas son temps, c’est, -le terme est peut-être un peu lourd- un investissement sur sa culture personnelle et l’émergence d’un esprit questionneur et rêveur. Une fois avoir, dans un album, découvert ou redécouvert un pays -utilisons le Tibet comme exemple-, le goût d’approfondir sur ce sujet nous guette. Ces livres documentaires, accompagnées d’images des aventures de Tintin, nous expliquent sous un angle différent et pédagogique, la culture, la géographie, la langue, la botanique, l’architecture, la démographie ou l’Histoire de ces régions, parfois éloignées. En-dehors de la description de pays, régions ou civilisations, ces livres dits « éducatifs » peuvent tout autant traiter de sociologie, d’anthropologie, de géologie, de science ou même d’astronomie. Il donne à rire, à penser, à inventer, verbe unique en trois personnes. La qualité de ces ouvrages provient de l’acharnement des Studios Hergé à vouloir maintenir l’intégralité et l’aspect mythique des albums. Un contrôle strict fût jugé nécessaire.

La continuité des évènements

Les Sept boules de cristal et Le Temple du Soleil

Les Sept boules de cristal et Le Temple du Soleil

Les aventures de Tintin sont, contrairement à celles de plusieurs autres héros, des suites logiques. Ce n’est pas une histoire après l’autre, sans aucun lien. On peut suivre en quelque sorte l’évolution des événements, des personnages, ainsi que celle du créateur. Si un reproche peut être amené à plusieurs autres héros de la BD ou du cinéma, c’est bien celui du manque de continuité. Les James Bond d’avant Daniel Craig, Les Simpsons, Lucky Luck, Astérix, etc. ont tous cette caractéristique.

Les trois premières aventures de Tintin sont un peu décousues, sans relation véritable entre elles. Toutefois, on s’aperçoit rapidement qu’Hergé prend de l’expérience et de l’assurance et les épisodes subséquents sont de meilleures qualités et surtout, en ligne continue. Elles ne sont pas des lignes parallèles ne se touchant jamais.

Prendre de l’expérience est le destin de tout être humain. L’arrivée d’individus tels Haddock et Tournesol a donné un nouveau souffle. L’intégration graduelle de ceux-ci démontrait une maturité, un désir de nouveauté et une évolution dans la vie de Tintin.

Au fil du temps, on rencontre tous des gens qui resteront encrés dans notre vie, Tintin n’y fait pas exception. On ne parle par de personnages éphémères, disparaissant à tout jamais, ne meublant qu’une aventure. Une pléiade de récits sans fil conducteur peut plaire à certains, mais pas aux Tintinophiles. L’humour, le réalisme ET l’espace temps véridique des aventures de Tintin résument assez bien le succès planétaire qu’à connu le reporter.

A titre de comparaison, Quick et Flupke, une autre réalisation d’Hergé, n’a pas eu le même succès que leur illustre ami journaliste. Les aventures des gamins n’étaient qu’une suite de gags sans ligne temporelle. En plus des exemples cités plus haut, les Boule et Bill, Garfield et Charlie Brown de ce monde illustrent aussi ce manque de cohésion entre les divers albums. Le but de leurs auteurs étaient simplement ailleurs, mais en faisant ce choix, la critique est alors plus facile et les qualifier de chef d’oeuvre serait un sacrilège. Seules les aventures de Tintin et de quelques autres héros peuvent avoir cette étiquette et aspirer à une sorte d’immortalité.

Tintin et Tchang

Tintin et Tchang

Bien sûr, il faut convenir qu’au fil des albums, Tintin ne semble pas énormément vieillir physiquement, mais au gré des années, il parait plus réfléchit, plus instruit, plus mature et il est de moins en moins solitaire. Il a fait entrer dans sa vie de nombreuses personnes, lui qui auparavant, excluant la présence de Milou, était de nature très indépendante. Les aventures suivent un lien, un fil conducteur, le chemin d’une vie « normale » -cette expression est un peu tiré par les cheveux pour un intrépide tel que Tintin- avec ses hauts et ses bas. Regardons seulement l’amitié de Tintin avec Tchang, qui nous parait constante et qui vit véritablement son apogée dans Tintin au Tibet. On peut penser aussi à l’éternelle lutte que se livre Tapioca et Alcazar, au San Theodoros, aux ennemis farouches qui reviennent dans quelques albums ainsi qu’aux nombreux personnages secondaires et lieux qui réapparaissent à l’occasion : Lampion, Nestor, Irma, Oliveira da Figueira, Wagner et autres.

Convenons que les histoires s’harmonisent très bien ensemble : Tintin et les Picaros est la conséquence directe de l’Affaire Tournesol. En effet, le colonel Sponsz ayant subi, dans l’Affaire Tournesol, un échec gracieuseté de Tintin et d’Haddock, désire se venger; voilà donc le contexte de Tintin et les Picaros, le dernier récit officiel d’Hergé. Si Tintin n’avait pas rencontré l’émir du Khemed dans l’Or noir, ou le général Alcazar dans l’Oreille Cassée, Coke en Stock ainsi que les aventures touchant le San Theodoros n’auraient pu se concrétiser. Hergé aurait probablement été dans une direction passablement opposée, direction hypothétiquement excellente ou ratée, mais qui n’aurait peut-être pas touchée la cible aussi efficacement

7 boules de cristal

7 boules de cristal

Comment passer à côté des « albums à suite » ? Quel Tintinologue n’a pas été subjugué par la double aventure du trésor de Rackham Le Rouge, l’excitante aventure lunaire ou la mystérieuse malédiction des savants du Temple du Soleil? Ces captivantes épopées longues de deux albums successifs permettent au lecteur d’être deux fois plus longtemps ensorcelé par le récit, d’avoir un sentiment d’excitation amplifié, spécialement à la fin du premier tome. Hergé, qui avait déjà un don pour mettre le lecteur sur le bout de son siège à la fin de chaque page -spécialement depuis la plus récente mouture des albums, passée à 62 pages- est passé à un niveau supérieur avec des concepts de doublés.

Fait à noter, pour chaque « album double », l’histoire se poursuit, mais dans des ambiances différentes. L’auteur veut nous faire voyager encore plus mais surtout, il veut rendre l’action plus spectaculaire, plus diversifiée, plus captivante et surtout dépaysante, ne se contentant pas d’être anodine.

*Dans le récit entourant le trésor de Rackham, on part de l’appartement du Capitaine pour aller naviguer dans les eaux des Antilles.

*Dans le doublé lunaire, on débute dans le camp d’essai et scientifique de Syldavie pour aller visiter l’espace et la lune.

*Dans le récit relatant le mystère des 7 boules de cristal, on se retrouve dans un théâtre puis dans la maison de Bergamotte pour voir nos héros, dans l’épisode suivant, risquer leur vie au Pérou.

*Cette réalité s’applique aussi pour premier le doublé de Tintin « Les cigares du pharaon »et « Le Lotus bleu ».

Une histoire, deux albums, deux environnements, une autre beauté de l’oeuvre de George Rémi.

Le désir exprimé par Hergé d’avoir un chemin linéaire et soutenu dans le continuum espace-temps fut certainement couronné de succès.

Le cycle Tintin

Château de Moulinsart

Château de Moulinsart

Il est difficile à quiconque d’affirmer sans détour quels sont les meilleurs albums de l’oeuvre d’Hergé. On peut toutefois attester qu’il y a certains cycles au gré des aventures de Tintin, cycles linéaires permettant la continuité tant vantée.

Ces changements d’atmosphère peuvent être divisés en trois segments: l’ère pré Capitaine Haddock (ou Tintin solitaire), l’ère précédant la découverte du trésor de Rackham -donc l’avant stabilité financière et aménagement dans le Château de Moulinsart- et la vie dans le Château lui-même.

Les puristes n’auront pas de préférences, mais la grande popularité mondiale de Tintin provient surtout de la troisième époque. Qui pense Tintin pense aussi à Haddock et Tournesol. Leurs absences des premiers titres marquent un vide pour certains, une expression d’interrogations ou d’exagération sur la qualité de l’œuvre pour d’autres. Les nouveaux venus dans cet univers diront : « où il est le fameux Capitaine? ». Les acolytes du reporter font partie intégrante de nos imaginaires, leurs présences étant devenues une quasi « habitude ». Vide, c’est le bon mot, celui qui peut ronger les Tintinophiles. On a hâte de retrouver NOS personnages. Les aventures de Tintin n’impliquent pas seulement le blondinet à la houppette, mais un ensemble de facteurs et de protagonistes.

Qu’elle réaction aurait eu le Capitaine s’il avait été présent en Amérique auprès Tintin, ou face aux péripéties de l’Île noire? Questions sans réponses.

Pour devenir ce qu’elle est, la légende de Tintin a passée – ce n’est pas différent des autres grandes oeuvres- par une évolution artistique et temporelle. La question des personnages impliquées entre en ligne de compte sur sa notoriété, mais d’autres raisons peuvent s’ajouter à l’intérêt accrue pour la troisième partie des aventures : des dessins mieux tracés, plus précis, un esprit de familiarité entre les héros de la série, une plus grande chaleur -l’amitié-, des points d’encrages -Moulinsart entre autres- l’ambiance plus sympathique et amusant.

Encore une fois, l’expérience et la sagesse acquises par le dessinateur sont des éléments à considérer. L’ajout progressif de personnages a fait le grand succès que l’on connaît encore aujourd’hui. Tintin seul n’aurait pas pu éternellement enthousiasmer le public. Des nouveautés, une modernité aussi, étaient requises. L’intégration, -un nombre raisonnable- de personnages donnera toujours un nouveau souffle à un héros, qu’il soit télévisuel, littéraire ou dessiné. Tout en gardant la magie des premiers albums, Hergé a su merveilleusement faire apparaître de nouveaux visages et environnements, laissant, irréductibles ou non, sur le qui-vive. L’ennui n’est donc pas un mot à employer.

Il était cependant primordial de garder l’essence même de ce qui avait causé le succès : un Tintin intrépide, courageux, justicier, intelligent et lié avec Milou, quoi que de moins en moins présent dans les illustrations.

Plus de 30 ans après la mort d’Hergé, survenue le 3 mars 1983, la popularité de Tintin ne ralentit pas, malgré la non présence de nouveaux albums. C’est assez exceptionnel et nous pouvons la ranger dans la même catégorie que d’autres héros légendaires inactifs depuis des lustres. Encore aujourd’hui, des gens découvrent cet univers, débutant la lecture de la collection à son origine. Certaines personnes pourraient trouver archaïque la trame de fonds racontée de certains tomes (Tintin chez es Soviets, Tintin au Congo, Tintin en Amérique) mais n’oublions pas l’époque de leurs parutions et la leçon pédagogique amenée. Malgré les thèmes reculés dans le temps, un nouveau venu sera charmé par l’enrobage concocté par Hergé. Et pourquoi un sujet datant de plus de 75 ans pourrait être rébarbatif au point de ne plus vouloir le lire? Souvent, ce n’est pas le sujet choisi mais plutôt la façon dont il est construit par son créateur qui fera une différence. Hergé a su relever ce défi, en exprimant efficacement des sujets parfois délicats et lourds.

Le Secret de la Licorne: le meilleur album?

Le Secret de La licorne

Le Secret de La licorne

Après toute cette analyse du cycle Tintin, ainsi que la démonstration d’une continuité malgré les nouveautés importantes apportés au fil du temps, chaque amateur de Tintin a concrètement un album fétiche, celui qui lui plait davantage.

Personnellement, j’oserai m’avancer avec Le Secret de la Licorne. Sans être la plus originale des histoires, -une chasse au trésor- elle est sans contredit la mieux structurée, la plus passionnante.

Les leçons historiques que constituent l’ensemble de la collection ne sont plus à redire. Aujourd’hui, on les définies ainsi, mais au moment de la création des BD, Hergé critiquait ses contemporains. Avec le passage du temps, les dénonciations sont devenus un exposé sur des événements historiques. Toutefois, avec Le secret de la Licorne (et sa suite), c’est Hergé lui même qui remonte dans le temps. Il nous parle du roi de France Louis XIV, époque marquante par ses châteaux et ses découvertes maritimes.

Ce récit nous captive au plus haut point et il ne manque pas d’éléments particuliers et comiques. Pensons seulement à l’envolé oratoire, l’enthousiasme et à la vivacité que met le Capitaine à raconter les péripéties de son ancêtre. Cette histoire du Chevalier François de La Hadoque permet la suite des événements. C’est le point de démarrage. Durant les nombreuses pages confinées dans le sobre mais très chaleureux appartement du Capitaine, on vit à la même intensité toutes les péripéties qu’il décrit. Des dessins intenses, des détails poussés à la limite, particulièrement pour les croquis représentant la Licorne et les autres bateaux.

Un marché public, de méchants antiquaires, un voleur de portefeuilles, trois parchemins à trouver, une course folle, une chasse au trésor, des bateaux, de l’exotisme, l’arrivé de Moulinsart et de Nestor: le mélange idéal pour la quasi perfection. L’atmosphère ressentie est indescriptible, sans aucun moment de répit, c’est de la vraie démence.

Lorsque Le trésor de Rackham le rouge se termine, on peut confirmer sans se tromper, que la troisième division de l’oeuvre débute : l’apparition de Tournesol et de Nestor, le déménagement au symbolique Château. C’est un chambardement important dans la vie des personnages et pour le lecteur, mais un chambardement parfaitement réussi qui se nous amènera tranquillement vers la conclusion -hâtive par la mort d’Hergé- des épisodes.

Moulinsart nous devient rapidement familier!

Un dernier mot sur les personnages

Tournesol dans l'une de ses premières apparitions

Tournesol dans l’une de ses premières apparitions

Les personnages sont très nombreux à travers les albums. Un dictionnaire expressément conçu pour les énumérer, analyser et décrire existe même: « de Abdallah à Zorrino, le dictionnaire des noms propres de Tintin« , réalisé par Cyrille Mozgovine. Cet excellent ouvrage, unique en son genre, est un petit chef-d’oeuvre servant de référence et d’aide mémoire rapide, utile à tout amateur de Tintin.

Qu’ils soient bons ou méchants, on les trouve tous attachants. Toutefois, certains personnages sont plus marquants que d’autres. Si on exclu Tintin et Haddock, Tournesol est le plus important étant l’instigateur de quelques aventures: celle sur la lune et l’Affaire Tournesol sont les meilleurs exemples.

Tournesol demeure un personnage chéri, pour son humour involontaire -maladroit comme les Dupondt-, sa surdité, ses deux colères sympathiques (Objectif Lune et Vol 714 pour Sydney), sa faiblesse pour Bianca Castafiore et ses exploits scientifiques. Protagoniste charmant et attachant, on ne lui souhaite aucun malheur.

Les vilains aussi ont leur part du gâteau et apportent évidemment une autre dimension. Il est plaisant de les revoir périodiquement. Hergé avait probablement découvert la clé du succès quant aux ennemis à vaincre; une présence occasionnelle et non pas régulière. Un vilain aura souvent le même « pattern », des gestes répétitifs. Pour maintenir l’intérêt, un lecteur désire voir de nouveaux adversaires, qui l’amènera incessamment dans un décors inédit, une intrigue diamétralement opposée. Cependant, lorsqu’un rival récurrent de Tintin refait surface, on a un petit sourire en coin et une hâte de les voir en découdre une fois de plus.

Sur note critique -impossible à valider, mystère éternel par la disparition brutale d’Hergé-, revoir Rastapopoulos dans l’Alph-Art, l’album inachevé, aurait été navrant et non nécessaire. Il apparaissait déjà dans quelques albums et son étrange disparition dans Vol 714 pour Sydney aurait rendu son retour ridicule. La présence de Rastapopoulos commençait à devenir un peu usée, au même titre par exemple des Daltons dans Lucky Luke.

A l’instar de plusieurs autres criminels présents à la télévision, au cinéma, dans la littérature ou autres, le mot rancune est encré dans leur esprit. Pensons à l’aide de camps Boris, qui, après son échec dans le Spectre d’Ottokar, reviendra sous le nom de colonel Jorgen dans l’aventure lunaire. Même chose pour le colonel Sponsz qui reviendra hanter Tintin et ses amis dans Tintin et les Picaros; l’histoire tournant autour d’un piège mené par le colonel dans le but de se venger de Tintin sur l’échec survenu antérieurement. Il est évident que les Rastapopoulos et Dr. Müller ont et auront toujours une soif de vengeance envers Tintin et ses acolytes, leurs projets ayant été maintes fois sabotés par ceux-ci. Sans revenir trop souvent dans les albums, ces bandits nous permettent d’avoir une vaste surprise lors de leur réapparition soudaine.

Le méchant évoqué dans l’Alph-Art est très difficilement reconnaissable sous un déguisement. Hergé nous réservait sûrement une grande surprise, surprise qui aura malheureusement emmené avec lui dans sa tombe. La variation des opposants à Tintin méritait une petite note.

Le mystère de l’Alph-Art

Tintin et l'Alph-Art

Tintin et l’Alph-Art

L’Alph-Art, récit incomplet, laisse songeur. A jamais dans les oubliettes par la mort d’Hergé, cet ouvrage posthume nous laissera sur notre appétit. Depuis la parution de Tintin et les Picaros, plusieurs scénarios ont été envisagés par Hergé afin de poursuivre les intrigues de Tintin.

Synopsis: Alors qu’il enquête sur l’assassinat d’un propriétaire d’une galerie d’art, Tintin découvre un trafic de faux tableaux étroitement lié à une secte à laquelle Bianca Castafiore a adhéré. Il se retrouve alors pris au piège et menacé d’être transformé en sculpture. Cette histoire a la particularité de n’avoir aucune fin officielle. Georges Remi a mis plusieurs années à travailler sur le livre jusqu’à sa mort en 1983 et aucun élément n’a permis de déterminer la fin voulue par le dessinateur. L’album est malgré tout sorti pour la première fois en 1986 par Casterman en association avec la Fondation Hergé puis réédité en 2004 à l’occasion des 75 ans du jeune reporter en 2004, avec l’apparition de nouvelles ébauches de travail.

Le mage Endaddine Akass fait parti des clés de l’intrigue d’Hergé. Ce personnage mystérieux, également magnétiseur et gourou dont fait mention la Castafiore au début de l’histoire, fait officiellement son apparition à la page 22. Il est à l’origine de ce trafic de faux tableaux de maîtres de l’art, que Tintin découvrira dans les dernières esquisses. Selon Hergé, il confie ce travail à Ramo Nash, créateur de l’Alph-Art, qui acquiert un atelier de fabrication à la chaîne de ces faux tableaux. Akass rappelle cependant quelque chose à Tintin tout au long de cette « aventure ». Ses gestes et sa voix lui sont familiers. La seule piste existante provient des planches retrouvées et publiées dans la version de 2004. Elles révèlent que l’identité réelle du mage serait peut-être Roberto Rastapopoulos. Les deux personnes se retrouveraient de nouveau face à face, soit un seul album suivant Vol 714 pour Sydney.

Je crois très sincèrement qu’Hergé, malgré beaucoup d’avis contraires, n’avait pas l’intention de refaire revivre Rastapopoulos. Je l’espère du moins. Il devait trouver, comme plusieurs Tintinophiles, qu’il avait fait le tour de ce dangereux malfrat.

D’après mon humble expérience, mon analyse de Tintin dans sa généralité et de plusieurs lectures de cette aventure inachevée, j’en conclu que le méchant caché sous Endaddine Akass pourrait être plutôt l’un des frères Loiseau, plus particulièrement Maxime. En effet, l’aventure le concernant remonte à un passé lointain, sans aucune apparition depuis. Il était antiquaire de profession, or il possédait un amour pour les arts et les tableaux, le sujet de Tintin et l’Alph-Art. Cette idée retenue ne serait pas farfelue. En plus, lorsqu’on le lit, on y redécouvre d’anciens personnages disparus depuis assez longtemps (Sakkarine, Gibbons, Chicklet), donc le retour de Loiseau serait logique et respecterait le désir d’Hergé de faire revivre certains personnages. Loiseau serait le clou final, un retour inattendu, considérant sa longue absence.

Bref, les spéculations se feront éternellement sur son identité et sur l’issu du récit. L’auteur nous laisse en mémoire une histoire inachevée, donnant l’impression que le destin était ainsi tracé.

 Un véritable culte, gardons le intact

Tintin, un culte

Tintin, un culte

Culte, voilà ce qui résume le mieux l’oeuvre d’Hergé pour de nombreux amateurs. Plusieurs irréductibles auraient aimé voir Tintin et l’Alph-Art terminé par un auteur dessinateur. Je ne suis pas de cet avis et ne soyons pas dupe et égoïste.

C’est Hergé -accompagné d’une équipe certes- qui a rendu possible la grande qualité de l’ensemble des titres. Il avait une intelligence au-dessus de la moyenne, un coup de crayon exceptionnel, un talent qui ne se reverra probablement plus jamais. Tintin, c’est George Rémi, point à ligne. Il est évident que d’autres bédéistes auraient eu la capacité de faire revivre Tintin. Le faire revivre est une chose, mais sous quel angle? Pour combien de temps? Les images seraient sans doute excellentes, grâce à l’héritage laissé par le créateur et à l’infographie moderne, mais il y manquerait quelque chose: la touche d’Hergé.

Raconter une histoire peut être facile, la rendre intéressante l’est beaucoup moins. On l’a vu précédemment, la dénonciation, l’humour, le réalisme, les découvertes, la créativité et les personnages représentent la marque de commerce, le secret du succès d’Hergé. Ils sont peu nombreux pouvant regrouper tant de qualités. Continuer, sans Hergé, aurait représenté un risque tant au niveau de la qualité qu’à la surabondance de nouveaux albums.

En stopper la parution a fait de Tintin un symbole de nostalgie. Savoir mettre un terme aux aventures d’un héros devient un incontournable. Étirer trop longtemps un succès peut devenir néfaste, entraînant un épuisement des idées et une répétition inutile. Avant son décès, on pouvait attribuer peu de critique à Hergé. Il maîtrisait son oeuvre parfaitement. Rien n’aurait été plus dommageable de rendre sans saveur le legs de George Rémi. Avec la mort du génie, Tintin  reste à jamais comme étant une figure légendaire.

Reprenons comme modèles Lucky Luke, Astérix et même James Bond, au cinéma. Ces séries sont saturées, devenant de plus en plus banales, de moins en moins innovatrices. Ces abus deviennent dangereux et ennuyants. Une saturation, quoi dire de plus?

L’absence de nouveaux tomes ne signifie pas la mort du héros, mais plutôt le début d’un long culte tourné vers la nostalgie. S’ennuyer de nouvelles épopées n’est qu’un signe positif, engendrant ainsi une postérité salutaire.

Ramener le brave journaliste sur les planches -pour des considérations monétaires, entre autres- serait une erreur et le début de la destruction du mythe ainsi bâtit. Par conséquent, laisser Tintin dans sa fâcheuse situation dans l’Alph-Art, (le dernier plan) permettra à notre imagination de rouler éternellement sur une conclusion de l’affaire. La mort d’Hergé « permis » à son personnage fétiche de demeurer au sommet de sa gloire, sans le nuage de l’essoufflement. On ne l’use pas et il garde sa brillance sur le monde.

Le plus récent Indiana Jones

Le plus récent Indiana Jones

D’ailleurs, il est en mon sens illogique et suicidaire de reprendre l’oeuvre d’un autre. Même après la mort d’Ian Fleming, le créateur de James Bond, des auteurs ont continué d’écrire pour 007. Il a continué de vivre, mais son usure morbide l’a fait décliner rapidement. Sans l’essence du créateur, les romans furent moins efficaces, de la répétition pure et simple, sans inédit. On a épuisé le mythe. Le quatrième volet de la série Indiana Jones, 19 ans après l’immense succès Indiana Jones et la dernière croisade, fût de trop. Les trois premiers opus, une trilogie, se complétaient parfaitement. À la fin, les héros quittaient et sans contredit, la conclusion était idéale. D’où était la nécessité d’ajouter le plus récent film, en 2008? Il ne fût pas très louangé, et d’une certaine façon, diminua l’importance de ce héros dans la culture populaire. Le mythe du passé anéanti par un film non nécessaire. Star Wars aura bientôt une suite, un septième épisode! Reprendre l’action est encore une fois risqué. On se souvient du désastre des épisodes I et II, qui ont jeté une douche d’eau froide sur les fans, et qui malgré les succès financiers, ont réduit la crédibilité de ses auteurs et de la série. L’épisode III, le plus récent, a été plus efficace. Pourquoi ne pas quitter au sommet, alors que tout va bien et que l’image du personnage ou d’une série est à son apogée ? Je préfère rester sur ma faim et garder en mémoire les bons côtés du héros, que de le voir dépérir à l’écran ou sur papier.

Revenons à notre petit reporter. Pour prouver la théorie que seul le créateur sera en mesure de fournir une ébauche de grande qualité, pensons à Tintin et le Lac des Requins, Tintin et les Oranges bleues et Tintin et Le Mystère de la Toison d’Or. Ces films (et albums), pour tous amateurs de Tintin, étaient l’occasion de le retrouver, sous un angle nouveau. Toutefois, même si les péripéties et rebondissements y sont présents, de même que nos amis dessinés, l’atmosphère des albums crées par Hergé est lointain. Hergé n’avait pas mis le nez dans ces projets. Peu importe qui reprend le travail d’un autre, l’adaptation sera difficile et passager. L’auteur original possèdera toujours un « aura », la perspective intérieure, la recette du succès.

Le secret de la licorne, le film

Le secret de la licorne, le film

D’autres dessinateurs et scénaristes, malgré leur bonne volonté, auront une lourde tâche et la pression de réussite. Pensons évidemment au succès commercial au cinéma Le secret de la licorne, de Steven Spielberg. Après des années de travail et de reports, le film apparu sur nos écrans en 2011 fût grandiose par ses images et ses effets spéciaux. Toutefois, le réalisateur a pris plusieurs libertés -voir ici l’histoire- pour accomplir ce long métrage. Des divergences d’opinions ont ressorti suite à la sortie du film : certains profanes de l’oeuvre en général d’Hergé ont applaudis alors que les érudits ont grincé des dents. L’ambiance ressentie n’était pas habituelle, se comparant davantage à un film d’espionnage et d’action, avec ses explosions et interventions spectaculaires. L’univers des albums étaient certes volubile, mais jamais hollywoodien. Les puristes ont donc envoyé quelques flèches -méritées- au maître réalisateur. Le secret de la licorne au départ est une enquête policière ou détective, avec quelques éclats musclés, mais pas une lutte à mort explosive et sanguinaire.

Les films et BD de Tintin ne faisant pas partis de la collection initiale sont considérés « hors séries ». Est-ce que nous pouvons définir ces réalisations de ratés, ou encore, synonymes de latitude trop grande, supprimant ainsi la touche magique d’Hergé? Sommes-nous intransigeant, ou trop fermé? Difficile de répondre.

Avant même de m’asseoir dans un cinéma pour écouter Le secret de la licorne, l’excitation était présente, mais mon esprit m’envoyait des ondes de négativisme aigue, sachant pertinemment et instinctivement que mon regards serait teinté d’une sévérité accrue, étant un Tintinophile aguerri. Un Tintinophile ayant peur de voir tout projet réduire l’auréole de la perfection engendrée par les tomes officiels. Seule la série animée de 1992, comprenant 21 épisodes, peut être enregistrée comme représentation fidèle des albums crées par Hergé lui-même.

Les attentes étaient élevées pour le film de 2011, tant pour le Tintinophile que pour le grand public, sachant que ce héros est une véritable institution planétaire. On aime voir et revoir Tintin, mais jamais au détriment de sa réputation et de son image d’icône. L’expression « has been » ne doit surtout pas apparaître, un sacrilège se révélerait. C’est ironique, mais malgré l’amour que nous lui portons, il demeurerait préférable de relire encore et encore les ouvrages classiques, que d’être témoin de son déclin, de son usure et de la perte de son mythisme. Espérons de ne jamais subir ce supplice.

Savoir s’arrêter est une qualité, éviter la propagation d’une volonté à tout escient de prolonger, par des répliques plus ou moins réussies, les publications passées, en est une autre.

La Fondation Hergé l’a généralement comprise, pas celle de Ian Fleming. Faire un nouveau film tout les trois ou quatre ans devient une routine, les gens savent que James Bond reviendra. Il ne sera jamais regretté, sachant bientôt qu’il se repointera le bout du nez, pour le meilleur et pour le pire. Quand un personnage disparaît, sans possible retours, on se rassasie sur le passé, en retournant dans les archives; la nostalgie démarre, un culte en d’autre terme.

Le phénomène

Véhicule de Tintin au Congo

Véhicule de Tintin au Congo

L’oeuvre d’Hergé est devenu un phénomène mondial, une des plus grandes réussites de l’Histoire moderne. Tout le monde connaît Tintin et Milou, même les profanes. Qui n’a jamais lu ou feuilleté au moins un album de Tintin? C’est un symbole de prestige et c’est l’un des héros les plus populaires de la planète. Pour plusieurs, une passion est née.

Qui dit passion dit approfondissement et tentation « maladive ». Les maniaques -et même les modérés- souhaitent accumuler des objets, se créer un musée miniature, un coin des collectionneurs. Tel que brièvement discuté plus haut, plusieurs types d’articles sont disponibles avec l’effigie d’un personnage, d’un lieu ou d’un moment des aventures de Tintin. Figurines, voitures, magazines, livres, timbres, archives, les options sont nombreuses, mais toujours dans le respect des dessins originaux.

C’est une industrie très lucrative contrôlée de façon exemplaire par Les Studios Hergé. Cette entité fût la jonction de la création, de l’élaboration et de la mise en couleurs des albums, et a su très rapidement se réorganiser après la mort de George Rémi, en 1983. Afin de faire face à des sollicitations croissantes, tant au niveau des objets à vendre que la mise à jour et la distribution des albums originaux, Les Studios avaient besoin de gestionnaires et de créateurs de talent. Sans pour autant continuer les aventures épiques du reporter, on se devait de perpétuer son rayonnement.

Gérer l’aspect commercial du produit demande du doigté, ce qui prévaut davantage pour l’importante mission de veiller à la protection de l’oeuvre ; éviter de la prolonger sous d’autres formes, de la massacrer, de la modifier. Ces aspects doivent travailler en tandem, sur les projets importants qui associent culture et financement.

Casterman, la maison d’édition d’origine, continue à publier, de façon sporadique et assujettie à des modifications occasionnelles dans l’apparence, la collection originale.

Le rêve de plusieurs amateurs est d’aller faire un pèlerinage en Belgique, lieu de naissance de Tintin. Visiter les studios, la Fondation ou tout autres lieux des gestionnaires de l’oeuvre, les objets et lieux qui ont inspiré le bédéiste, le musée Hergé, à Louvain-La-Neuve et les diverses boutiques destinées à la marchandise, correspondent à la consécration des connaisseurs, mais aussi pour les milliers de curieux voulant s’approprier ce phénomène.

Connaître, dans les moindres détails, de A à Z, l’ouvrage de ce bâtisseur relève-t-il de la fiction ? Ce monde des « 7 à 77 ans » est des plus complexe, diversifié et rempli de petites particularités dessinées, rarement repérables à la première lecture, et qui, même ensuite, peuvent paraître anodines et imperceptibles.

A l’ère d’Internet, qui certes peut nous renseigner précisément sur divers sujets, mais qui, avec son oeil mondial, nous dévoile l’abondance d’informations, vraies ou fausses et la panoplie de compositions artistiques, il est presque impensable d’avoir la vérité absolue et d’être parfait dans notre compréhension d’un thème donné.

En 1993, une jeune femme participait à l’émission québécoise « Tous pour un », ayant comme sujet Tintin. J’en suis encore estomaqué de sa performance. Probablement que même aujourd’hui, elle serait pratiquement irréprochable dans ses réponses, elle serait dans une classe à part, un cas unique. Des marques de cigarettes aux noms des personnages les moins visibles, elle savait tout. C’était prodigieux. Mais outre quelques cas d’espèces, qui pourrait se targuer d’en savoir autant? Difficile à dire. Le passionné le plus pur échappera certainement quelques phrases, fragments ou situations.

En conclusion

Le Crabe aux pinces d'or

Le Crabe aux pinces d’or

Ceci termine cet hommage mérité. En Hergé on a décelé un phénomène, un génie. Il a crée un monstre, un mur infranchissable, un tourbillon qui, après s’y être intégré, est impossible d’en ressortir. Il a su façonner un mythe, une sorte de folklore. Il a redéfini l’art de raconter une fiction, une histoire. Il est l’incomparable guide des Tintinophiles, un maître spirituel, qui nous a fourni une dose de drogue intellectuelle et divertissante. Sa drogue est un tableau incomparable de la bande dessinée et de l’art créative en général. Elle est enivrante, convertissant une foule d’individus. Rarement un auteur aura permis à ses lecteurs de plonger pleinement dans un environnement si proche de l’exactitude; les éléments de la réalité surclassent très souvent la fiction. Ce mélange délicieux nous emmène dans un nirvana qui sera difficilement égalé.

Découvrir est ici un adage s’appliquant. Lors d’une relecture, un protagoniste peut nous apparaître sous un nouvel angle, un détail nous saute aux yeux, une phrase, pourtant innocente, nous frappe. Voici ce qui fait la magie d’un album Tintin; chaque consultation n’est pas la dernière. On sait que la prochaine fois, d’autres éléments viendront encore nous étonner. On aborde chaque lecture de différentes façons. La première, c’est l’inattendu puis, ce sont des particularités qui en ressortent.

Les autres bandes dessinées -disons la majorité- ont la fâcheuse habitude de se lire qu’une seule fois. L’intérêt de les parcourir de nouveau ne se matérialise pas. Avec Tintin, c’est complètement l’opposé, on savoure un album continuellement.

Où habitait Tintin, qui était-il exactement, d’où vient-il? Cela fait parti du mystère, donnant l’essence même à sa splendeur. Ce que l’on sait de lui, c’est que l’on voit dans les 62 pages : courageux, curieux, fidèle, intelligent. Plusieurs ont tenté de résoudre les interrogations sur ses origines. Laissons le doute planer. C’est la beauté de la chose. Façonner personnellement des hypothèses, des thèses, faire fonctionner l’imaginaire est le plus grand don de l’homme… Hergé l’a peut-être voulu ainsi. Faire danser notre imagination!

 

PS: Merci à ces recueils qui ont servis de références pour certains extraits de ce texte. Ce fût une recherche et un travail ardu et long, mais tellement amusant à faire puisqu’il s’agit de Tintin, et que rien n’est ennuyant à son sujet.

Les aventures de Tintin font ressortir un sentiment partagé entre la jeunesse et le monde adulte. Les profondes analyses et découvertes que j’ai faites au fil du temps m’ont permis de réfléchir et d’avoir une autre vision du phénomène. Une vision enfant; l’amusement et divertissement. Une vision adulte; l’analyse, l’approfondissement et le désir d’en savoir davantage. Merci Hergé, merci pour les bons moments passés, présents et futurs.

 

1– MOZGOVINE, Cyrille, Dictionnaire des noms propres de Tintin, Casterman, 1992. FARR, Michael,

2- Tintin « Le rêve et la réalité », Éditions Moulinsart, 2001.

3- L’album GEO, Tintin « grand voyageur du siècle », Éditions Moulinsart, 2001.

4- Ainsi que toutes les aventures de Tintin; de Tintin chez les Soviets à L’Alph-Art

 

Sylvain Gauthier –

 

 

 

 

 

Suggestion de lecture : Louis Cyr, de Paul Ohl

Suggestion de lecture : Louis Cyr, de Paul Ohl

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Je viens de compléter cet ouvrage du célèbre homme fort. Le film sur sa vie est sorti en 2013, mais je me suis intéressé au livre avant toute chose.

Au-delà de l’homme et de ses exploits, on est témoin d’un pan de l’histoire du Québec, celui de la fin du 19e siècle et du début 20e.

L’auteur y décrit un Québec analphabète, pauvre et en manque de héros. Avez-vous remarqué que le nom de famille de plusieurs américains actuels ont une résonance francophone ? La grande majorité de ceux-ci ont comme descendants des Québécois venus trouver des emplois. Louis Cyr vécu à cette époque de la « grande saignée », sa famille elle-même ayant quitté la province un certain temps pour améliorer sa qualité de vie.

Certains des États de la Nouvelle-Angleterre ont acquis une importante population francophone, dont la plus grande partie se retrouve dans des villes comme Lowell, Lawrence et New Bedford, au Massachusetts; Woonsocket, au Rhode Island; Manchester et Nashua, au New Hampshire; Biddefor et Lewiston, au Maine.

Cette bibliographie permet de nous faire saisir toute l’importance qu’avait Cyr à son époque. Une icône, une grande vedette, une fierté!

Outre les faits techniques quelque peu complexes et la liste des records accomplis, le livre est agréable à parcourir. C’est un mélange d’Histoire, de sport, de géographie, d’intimité, des hauts et bas personnels du héros.

Suggestion de lecture « La Reine Margot » d’Alexandre Dumas

Suggestion de lecture : La Reine Margot d’Alexandre Dumas (1845)

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Ce roman historique est un grand classique de la littérature française ; toutefois cela semble être un ouvrage effacé car quand on pense Dumas, on pense aux Trois Mousquetaires, au Comte de Monte-Cristo ou au Vicomte de Bragelonne.

La Reine Margot, comme plusieurs des ouvrages de Dumas, est un roman historique. Cependant, il est évident que la réalité est quelque peu déformée et exagérée. Catherine de Médicis apparaît comme une femme très cruelle, jalouse et avide de pouvoir, alors que selon les livres historiques, rien n’était de tel. Dumas, dans la plupart de ses romans, a un personnage machiavélique. Le roman a toutefois contribué à renforcer la légende noire de Catherine de Médicis et la réputation de légèreté de la reine Margot.

Catherine de Médicis

La Reine Margot a une trame de suspense politique, tout en ayant comme toile de fonds une histoire d’amour ; on y mélange la bonne humeur, la comédie et des scènes noires et macabres. Il existe en effet un contraste très réussi. L’amitié est aussi centrale dans La Reine Margot.

On fait un bond au 16e siècle, soit au début de la Renaissance. On y constate les derniers mois du Roi Charles IX, un roi assez particulier, les querelles et luttes de pouvoir pour la succession royale (Duc D’Anjou, le futur Roi Henri III, et François d’Alençon) et l’ascension d’Henri de Navarre, le futur Roi Henri IV.

L’action du roman se déroule donc entre le mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, en 1572 et la mort de Charles IX de France, en 1574. Alexandre Dumas y met en scène les intrigues de cour, l’assassinat de l’amiral de Coligny, le massacre de la célèbre et épouvantable Saint-Barthélemy, l’idylle inventée entre la reine de Navarre et le comte de la Mole ainsi que la pratique de la torture judiciaire à la Renaissance. Il fait de Catherine de Médicis une figure inquiétante, se servant de son astrologue et parfumeur pour faire assassiner ses ennemis. Le vieux Louvre avec ses fêtes brillantes, ses passages secrets, son peuple de soldats et ses jolies femmes, est le théâtre où se déploient en mille péripéties les jeux de l’amour, de la politique, de la haine.

Le massacre de la Saint-Barthélemy

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Comme plusieurs auteurs de son époque, Dumas est maître dans la description des lieux, des personnages et dans l’espace temps. L’action principale de l’histoire est souvent longue à venir en raison de la mise en place des lieux, personnages et du contexte du récit. La littérature populaire française, outre le fait qu’elle explique en partie la relative longueur des récits (due en partie aux contraintes de la sérialisation, puisque les récits étaient fréquemment publiés en feuilletons), donne au texte des tonalités fréquemment mélodramatiques : les récits ne s’interdisent pas des moments sentimentaux, des intrigues amoureuses, mais aussi, autre aspect du mélodrame, des émotions exacerbées, et les souffrances sont décrites avec emphase, et les méchants sont vraiment cruels.

Alexandre Dumas (1802-1870)

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Je conseille ce chef-d’œuvre à tout lecteur passionné par l’Histoire et les intrigues excitantes. Vous devez par contre être un lecteur assidu en raison de la longueur du récit et ne pas abandonner la lecture après les premières pages car comme je le mentionnais plus haut, l’auteur mets du temps à placer les éléments de son histoire et ne se gêne pas à faire de longue description. La littérature française a aussi ses propres expressions et il ne faut pas oublier les expressions d’époques et le vocabulaire particulier et historique. La lecture de ce roman vous fera apprendre et fouiller davantage sur le sujet ; la dynastie des Valois, les guerres de religions et les guerres civiles de l’époque (huguenots et catholique), le Louvre etc.

Du Grand Dumas !

Sylvain Gauthier,