Archives mensuelles : juin 2016

Aux armes, citoyens

 



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Suite à l’épouvantable tuerie d’Orlando, certaines réflexions sur le port d’armes me sont venues. Que faire pour enrayer ce fléau? Je ne possède pas d’arme et je n’ai aucun intérêt à en obtenir une. Je ne suis donc aucunement biaisé dans ma désapprobation totale du registre des armes à feu proposé par le gouvernement Couillard. En vertu de ce projet de loi[1] :

 « Toute arme à feu sur le territoire du Québec doit être immatriculée avec un numéro unique et inscrite à un fichier. Toute transaction concernant l’arme immatriculée doit être signalée. Les autorités pourront saisir l’arme en cas d’infraction. Les entreprises d’armes à feu devront aussi établir et mettre à jour un tableau de suivi des opérations relatives aux armes à feu en leur possession. Le projet de loi prévoit également des sanctions pour les contrevenants, jusqu’à 5000 $ pour un particulier et jusqu’à 15 000 $ pour les autres cas ».

Toutefois, si nos voisins américains peuvent mettre facilement la main sur une panoplie d’armes, il en est tout autrement au Québec, où son acquisition demande un processus long et fastidieux. Dans un article paru le 22 juillet 2012[2], le directeur d’un club de tirs racontait : « Le processus pour obtenir une arme à feu prohibée aux États-Unis est différent. Dans la majorité des cas, c’est beaucoup plus facile qu’ici. Au Québec, on ne peut pas avoir une arme à feu comme ça. Pour les armes restreintes, c’est tolérance zéro. Il faut être patient, car il y a beaucoup de bureaucratie ». Le journaliste poursuit :

 « En effet, acquérir le droit d’acheter et d’utiliser ce type d’arme nécessite plusieurs démarches. D’abord, les aspirants tireurs devront suivre la formation du Cours canadien dans le maniement des armes à feu à utilisation restreinte, dispensée par la Fédération québécoise de tir et qui dure une journée se terminant par deux examens. La plupart des gens demandent des cours pour aller travailler pour des agences de sécurité, les postes frontaliers ou les prisons… C’est une formation qui est obligatoire. Et il y a beaucoup de personnes qui cherchent tout simplement à joindre un groupe, un club de tir, car ils ont des amis qui y sont déjà. S’ils obtiennent 80 %, les candidats peuvent ensuite passer à l’étape suivante qui consiste en un examen similaire au premier, mais qui s’applique à l’ensemble des armes à feu.
Par la suite, en vertu de la Loi sur les armes à feu (loi fédérale), la personne devra demander un permis de possession et d’acquisition auprès de la GRC qui fait une enquête, ainsi que la SQ, dans le cas du Québec. À cette étape, trois personnes doivent signer comme quoi le requérant est apte à mettre la main sur un tel objet. «Il n’y a pas de recherches psychologiques serrées au bout de l’évaluation. C’est la signature des trois personnes qui fait foi que tu es un citoyen honnête et non violent. Elles attestent que tu peux posséder une arme à feu. Une personne peut signer et ensuite téléphoner à la GRC pour dire que ce n’est peut-être pas une bonne idée que cette personne soit en possession d’une arme à feu.
 La Loi 9, en vigueur depuis 2008, et selon laquelle une formation de quatre heures est obligatoire, exige d’être membre d’un club de tir pour devenir éligible à l’achat d’une arme à feu restreinte. Une fois cette étape passée, la GRC doit délivrer un permis de transport d’arme à feu, valide uniquement entre le domicile et le club de tir. Le trajet doit être déterminé d’avance. Toutes ces étapes ne garantissent toutefois pas le droit d’être en possession d’armes. La Sûreté du Québec se garde beaucoup de latitude pour saisir une arme légalement enregistrée ».

Ainsi, le Québec est fortement protégé. L’achat d’une arme à feu est très surveillé et réglementé. Le risque zéro n’existe évidemment pas, pensons au trafic d’armes ou à l’accès illégal.

Dans ces circonstances, le futur registre québécois pour les armes à feu devient inutile et superflu : exercice purement esthétique et de supposé bonne conscience. Le Québec est champion dans les dépassements de coût, spécialement avec le bordel informatique[3]. La province croule sous la bureaucratie et son désir néfaste de tout contrôler. Le gouvernemaman est partout, nous taxant à l’infini. Les gouvernements modernes – et tout particulièrement au pays du socialisme québécois – adorent prendre la population par la main. La démocratie, cette « terre de liberté » devient de plus en plus autoritaire et infantilisante. Sous des allures de protecteurs des siens et d’une apparence de sensibilité à saveur de rectitude politique, le gouvernement Couillard n’apprendra vraisemblablement pas de l’exécrable expérience fédérale[4]. Un donneur de leçons québécois, incapable d’apprendre des erreurs du passé. Pathétique et arrogant : au Québec, nous sommes meilleurs que les autres, sachez le…

Ma dernière réflexion m’amène au niveau américain. Le deuxième amendement de la Constitution « garantit pour tout citoyen américain le droit de porter des armes ». Il fait ainsi parti des dix amendements, couramment appelés Bill of Rights[5]. Cette volonté américaine de posséder une arme est légitime, ce droit fondamental étant très encré dans leur historique nationale. Je suis de ceux pour qui la liberté n’a pas de prix, ce qui inclut la possibilité à tout citoyen d’acquérir une arme. Toutefois, aucun rapprochement n’est possible entre la réalité qui subsistait en 1791, et celle prévalant aujourd’hui. A cette époque[6], on parlait d’arquebuses, de pistolets, de mousquetons, de mousquets et de tromblons, bref d’armes à portée limitée, souvent assez lourde et encombrante, accompagnée d’une faible fréquence de tirs. Par exemple, la cadence de tirs pour le mousquet pouvait varier de 1 à 3 coups à la minute[7], ce qui est très peu si on la compare aux armes modernes, comme la Kalachnikov, qui va jusqu’à 600 coups par minute[8]. À la signature de la Constitution américaine, recharger une arme demandait de la patience et beaucoup d’entraînement. Une arme servait principalement pour se défendre et aller à la chasse. Qui aurait voulu et pu, avec un tel arsenal, provoquer une « tuerie de masse »? Pour les Pères fondateurs des États-Unis, l’idée qu’un de leur contemporain puisse user d’une arme pour perpétrer une tuerie à grand déploiement était inexistante.

Le deuxième amendement consistait à une sorte de protection contre un envahissement « potentiel » de l’État vis à vis sa population. Plus de 230 ans plus tard, cette peur de l’État est devenue caduque, l’armement s’est modernisé et notre société multiplie les occasions de grands regroupements publics (bars, évènements sportifs, etc.). En gardant à l’esprit ce désir profond du peuple américain d’être armé, serait-il toutefois envisageable d’éliminer du marché public les armes à grande portée et à cadence rapide? Nous pouvons facilement tolérer un accès illimité aux armes de poings tels un pistolet ou un revolver, mais doit-on l’accepter pour les armes d’épaule, telle une mitraillette? Outre à des fins militaires et policières, pourquoi la circulation à tout azimut des armes d’épaule est encore possible? En les interdisant au grand public, tout en maintenant le marché des armes de poing très accessible, on viendrait par le fait même réduire le risque de massacres, tout en respectant la mentalité légitime du deuxième amendement. Ce compromis est en mon sens très logique.

Le deuxième amendement garantissait le droit – sans compromis – de porter une arme, mais ce même amendement poussé à l’extrême devient archaïque dans sa forme contemporaine : il accorde à quiconque un accès infini aux armes, peu importe son modèle, sa portée etc. Mais à la fin du 18èime siècle, « l’infini » consistait à des armes à cadence lente. Si les Washington, Franklin, Adams et Cie avaient pu prévoir la progression fulgurante et meurtrière de l’armement, il est à parier que cet amendement se présenterait différemment.

Malgré toutes les interrogations et malaises concernant l’épineux dossier des armes à feu, n’oublions jamais que la cause première de l’attentat d’Orlando est l’islam radical. Un contrôle parfait des armes n’aurait probablement rien changé. Mais ce triste évènement permet tout de même de relever certaines pistes de discussion. En politique américaine, j’appui sans réserve les républicains, spécialement ceux prônant une droite économique décomplexée. Cependant, l’inflexibilité abusive du parti au sujet du port des armes me laisse songeur.

 

[1] Voir le http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-64-41-1.html.

[2] Voir : http://www.lapresse.ca/la-voix-de-lest/actualites/201207/27/01-4560209-obtenir-une-arme-a-feu-au-quebec.php.

[3] Je vous invite à visiter le site du Journal de Québec et de Montréal afin d’y lire l’excellent travail journalistique à ce sujet : http://www.journaldemontreal.com/enquetes/le-bordel-informatique.

[4] « Estimé au coût de 2 millions au départ, il totalise environ un milliard en 2006, soit 500 fois le montant initial. Bien qu’il soit un programme gouvernemental, ce dépassement de coût est considéré excessif par plusieurs ». Source : wikipedia.org/wiki/Registre_canadien_des_armes_%C3%A0_feu.

[5] Adoptée par la Chambre des représentants le 21 août 1789 et le Congrès le 26 septembre suivant, elle est ratifiée progressivement par les États fédérés, et prend effet le 15 décembre 1791, date de la ratification par la Virginie. Source : http://www.archives.gov/exhibits/charters/bill_of_rights_transcript.html.

[6] Je vous invite à visionner ce site pour avoir plus d’informations sur l’histoire des armes : http://www.armae.com/moderne.

[7] Tel que vu au http://www.waterloo1815.be.

[8] Selon un article paru le 2013-12-23, sur le http://www.huffingtonpost.fr.

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